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La Tombe du divin plongeur [Broché]

Claude Lanzmann
4.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)
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Description de l'ouvrage

1 mars 2012 Blanche
Si je cherche une cohérence, une unité aux cent vies dont on dit qu'elles furent miennes, le divin plongeur - c'est le nom, au musée de Paestum, de la fresque qui ornait le plafond d'une tombe - occupe une place centrale. J'ai plongé en vérité tout au long de ma vie, et pas seulement dans la mer. Les choix décisifs que j'ai été amené à accomplir furent comme des plongeons, des piqués dans le vide. Voilà pourquoi j'ai décidé de donner ce titre, La Tombe du divin plongeur, à des textes écrits à différents âges de ma vie, en des occurrences radicalement étrangères les unes aux autres, et aujourd'hui introuvables, oubliés ou ignorés.
Pendant vingt ans, entre 1950 et 1970, je n'ai vécu que de ma plume, écrivant sous mon nom ou sous des pseudonymes. Mais on ne trouvera pas seulement dans ce livre ce que j'appelle mes écrits alimentaires, portraits d'acteurs, d'écrivains, de chanteurs, de voyous, reportages aussi, mais encore des articles parus dans Les Temps modernes, France-Observateur, Le Monde, consacrés à des événements importants du siècle, des textes politiques, polémiques, quelquefois les mêmes, tout un ensemble aussi qui s'organise autour de Shoah, des préfaces, des oraisons funèbres, des discours.
En les relisant après tant d'années, je leur ai trouvé bien plus qu'un air de famille ; j'étais incapable de déceler entre les uns et les autres l'ombre d'une différence. Plus encore, entre l'écriture de ces textes et celle du Lièvre de Patagonie, la parentèle était plus qu'évidente : c'était la même écriture. C'est alors que j'ai pris la décision de faire paraître ce livre.
Avec La Tombe du divin plongeur, je lutte pied à pied, comme je l'ai toujours fait, contre toutes les morts. Dans ce recueil on pourra lire : «Le temps, pour moi, n'a jamais cessé de ne pas passer.»

Cl. L.

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Descriptions du produit

Extrait

LE CURÉ D'URUFFE ET LA RAISON D'ÉGLISE

Après avoir assassiné une de ses paroissiennes, enceinte de ses oeuvres et proche d'accoucher, Guy Desnoyers, curé de la paroisse d'Uruffe en Lorraine, l'avait éventrée avant d'énucléer le foetus puis de lui administrer les sacrements. Ce fait divers unique secoua profondément la France de la seconde moitié du XXe siècle. J'ai assisté au procès d'assises du curé d'Uruffe, qui se tint à Nancy en janvier 1958.

Quelqu'un cria au fond de la salle. Il y eut d'autres cris, une houle de surprise, des bousculades. Le président Facq ne releva même pas la tête, il continua de lire, à grande allure, les attendus du verdict. Il fallait en finir. Aux quatre questions qui leur étaient posées - le double crime, l'infanticide et la préméditation - les jurés et la Cour avaient répondu «oui» à la majorité. À la majorité également, il y avait lieu de reconnaître à l'accusé des circonstances atténuantes. Justice était faite : on escamota le curé d'Uruffe et les sept jurés lorrains qui venaient de le condamner aux travaux forcés à perpétuité. Les jurés furent rendus à la liberté par une porte dérobée du Palais de Justice. Et le curé avait depuis longtemps regagné sa prison qu'un fourgon cellulaire-piège, défendu ostensiblement par un triple cordon de police, mobilisait encore la foule sur la place du Palais.
Cette foule, dans sa majorité, était plus surprise qu'indignée : tombées du ciel aux termes d'une parodie de jugement, les circonstances atténuantes intervenaient à point pour sauver la tête du prêtre, mais comme le deus ex machina de la pièce, elles n'avaient aucun rapport avec ce qui s'était dit dans le prétoire. Ces circonstances qui «atténuaient» le crime de l'abbé Desnoyers - et elles existaient - n'avaient été évoquées par personne, à aucun moment de ce procès pudique : ni par l'accusé, ni par les témoins, ni par l'accusation, ni par la Cour, à peine par la défense - et d'une très curieuse façon, sur laquelle nous reviendrons. C'est qu'il eût fallu accorder au moins que ce crime de prêtre avait un sens, et pour cela l'inscrire dans l'histoire totale d'une vie, se résoudre en définitive à comprendre totalitairement ce prêtre et son crime. Cela s'appelle juger et c'est ce qu'on n'a voulu à aucun prix.
Le curé d'Uruffe, en dix heures de débats conduits au pas de charge par un président soucieux avant tout d'éviter que les vraies questions soient posées, n'a pas été jugé : le verdict d'indulgence, dans ces conditions, était scandaleux parce que injuste. Et la mort, aussi bien, eût été injuste. Pourtant, puisqu'on avait fait l'économie du véritable procès, puisqu'on avait décidé de ne pas comprendre, elle apparaissait comme la seule sanction logique. Rien n'excusait ce crime : il restait, après les débats, merveilleusement opaque, mais clair et connu en toutes ses circonstances matérielles. C'est la règle d'or de tous les procès de type répressif : celui de Nancy -jusqu'au verdict exclusivement - fut à cet égard une perfection. Il fallait donc en tirer la conséquence, punir, infliger la mort comme peine. La spectaculaire crise cardiaque de l'avocat général Parisot, qui, trois jours plus tard, dans cette même salle des assises de Meurthe-et-Moselle, refusa de requérir la peine de mort contre le deuxième assassin de la session, n'a pas d'autre sens : ce coeur d'airain supportait sans trembler les aubes blêmes de la guillotine, il n'a pas résisté à un scandale logique, celui d'une justice répressive qui refuse la répression. (...)

Revue de presse

C'est un livre incroyable où le paradis jouxte l'enfer et Capri, Sobibor. Où un guide de Chamonix, qui a «des rides de gaieté aux coins des yeux», côtoie l'unique témoin de l'extermination du peuple juif dans les crématoires d'Auschwitz. Où Jacques Tati voisine avec Himmler et le cascadeur Jean-Paul Belmondo avec Hitler. Où, d'une page l'autre, on assiste à la visite du pape Paul VI à Jérusalem et à l'installation des carmélites polonaises dans le camp où furent gazés un million et demi de juifs. Seul Claude Lanzmann pouvait réussir cette impossible alchimie : en même temps tout donner à la célébration du bonheur et ne rien céder à la condamnation de l'horreur. Cela tient au talent tempétueux d'un écrivain que la renommée du cinéaste a longtemps éclipsé, mais qui n'a pas attendu le tardif «Lièvre de Patagonie» pour s'exprimer. (Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 15 mars 2012)

Les portraits de Belmondo, Aznavour, Richard Burton, le chanteur Antoine, Gainsbourg, Jacques Tati ou François Périer sont beaux et révèlent les parcours de vrais talents, bien éloignés des notoriétés factices d'aujourd'hui. Le livre contient aussi des contributions et controverses plus récentes, à consommer avec une égale gourmandise et l'assurance de ne pas faire une lecture inutile. (Gilles Heuré - Télérama du 28 mars 2012)

Voici donc les meilleures pièces du dossier : des chroniques alimentaires destinées à Elle, le magazine d'Hélène Lazareff, à son opposition farouche à la guerre en Irak exposée dans quelque tribune du Monde ; d'une charge contre le préfet Papon publiée dans Les Temps modernes durant la guerre d'Algérie, à l'hommage prononcé lors de l'enterrement de sa mère, Paulette (1903-1995), dont il exalte «l'énergie» et la «géniale avidité»...
De la violence des blousons noirs aux effrois du mime Marceau, de la lucidité baladeuse du chanteur yé-yé Antoine à la ténacité sourcilleuse des archéologues du paysage biblique, Claude Lanzmann veut comprendre. Le sanglier étincelant de Shoah (1985), attaché au «comment» plutôt que courant après le «pourquoi», s'impose déjà dans sa façon d'assiéger, en 1958, le procès du curé d'Uruffe à Nancy. «Forcer les silences da ns toutes leurs retraites» et «se tenir au plus près du crime», telles sont la technique et la morale d'un transmetteur né. Il palpite encore et toujours en ce bas monde, qu'il soulève comme un ciboire avec des mines d'haltérophile. (Antoine Perraud - La Croix du 28 mars 2012)

Le réalisateur de " Shoah " a aussi été excellent journaliste. Un recueil d'articles le prouve...
Ce que Claude Lanzmann appelle " le journalisme alimentaire ", qu'il a pratiqué, parfois sous pseudonyme, entre 1950 et 1970, avant de faire des films, dont l'inoubliable Shoah (1985), est de l'excellent journalisme. Et si on lit avec intérêt des textes qu'on connaissait déjà, comme celui sur le curé d'Uruffe (1958), ou ceux de la partie " Guerres, politique et polémiques ", c'est par le chapitre " Portraits " - pour la plupart publiés dans le magazine Elle - qu'on est ébloui, qu'on revit avec nostalgie, toute une époque, essentiellement les années 1960...
Le bonheur de lecture est constant, qu'il s'agisse de Richard Burton, de Jacques Tati, de Jean-Paul Belmondo en 1964... (Josyane Savigneau - Le Monde du 5 avril 2012)

Claude Lanzmann a eu raison de publier ces «articles alimentaires» qui l'ont nourri de 1950 à 1970. On avait découvert avec son autobiographie, le Lièvre de Patagonie, que le cinéaste de Shoah et directeur des Temps modernes était un véritable écrivain. Mais là, ses portraits et reportages de pigiste pour le magazine Elle nous bluffent. Jeune intello qui zone avec Sartre et Beauvoir entre le Flore et les Deux Magots, il avait déjà découvert ce que la contre-culture américaine appellera plus tard le «nouveau journalisme». Le reporter a le droit de parler à la première personne, et de romancer son article. Lanzmann arrive à rendre palpitant des reportages people, tels ses deux jours hilarants à Capri surveillant Soraya, impératrice répudiée par le shah d'Iran, qui attend son prince italien (1959). (Annette Levy Willard - Libération du 31 mai 2012)

Détails sur le produit

  • Broché: 448 pages
  • Editeur : Gallimard (1 mars 2012)
  • Collection : Blanche
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070134415
  • ISBN-13: 978-2070134410
  • Dimensions du produit: 22 x 15,4 x 3,2 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)
  • Classement des meilleures ventes d'Amazon: 194.914 en Livres (Voir les 100 premiers en Livres)
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Commentaires en ligne 

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Commentaires client les plus utiles
3.0 étoiles sur 5 Inégal 26 août 2013
Par JEA
Format:Broché|Achat vérifié
Il ne nous est pas égal de lire ce livre mais il est c'est un arbre aux fruits inégaux...
Dans sa préface, Claude Lanzmann précise :
- "On ne trouvera pas, dans ce livre, que mes écrits alimentaires, portrait d'acteurs, d'actrices, d'écrivains, de chanteurs, de voyous" : ouf, nous l'échappons belle !
et il ajoute :
- "... mais encore des articles parus dans Les Temps modernes, France-Observateur, Le Monde, consacrés à des événements importants du siècle qui passionnèrent les contemporains, des textes politique, polémiques..."
En conséquence, en fonction des centres d'intérêts de chacun(e) et de la qualité des articles ainsi repris, la lecture fluctue. Avec des hauts et des bas. Mais toujours avec la plume de Lanzmann, jamais plongée dans l'eau de rose.
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5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 quel personnage ... 23 mai 2012
Format:Broché
Quelle vie ! Lanzmann c'est bien sûr Shoah, ce film si important... mais c'est aussi un écrivain, il suffit pour s'en persuader de lire Le Lièvre de Patagonie. Avec la Tombe du divin plongeur j'ai été un peu déçu ... C'est une bonne idée d'avoir assemblé tous ces textes si variés de Lanzmann journaliste mais je ne l'ai pas lu avec la même passion que Le lièvre de Patagonie. Je reste admiratif, fasciné par l'homme et lui pardonne tout (car il m'agace parfois). Avec lui rien n'est banal, il fait partie de mon Panthéon avec Badinter, Michon et d'autres ...
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1 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 un livre capital et passionnant 1 août 2012
Par dourlent
Format:Broché|Achat vérifié
Je recommande ce livre exceptionnel à tous ceux que passionne l'Histoire du XX. siècle ! Son témoignage sur la Shoah est toujours aussi émouvant.
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