L'exploitation d'une licence produit toujours ses désagréments. Le prix de l'intimité, de l'habitude, de la familiarité, pour le confort qu'il concède, est acquitté au plus juste par le petit air tranquille de la banalité et de l'ennui.
Stephen King, comme les autres, ne peut vraiment y échapper, ce troisième tome produit son lot de rebondissements et de surprises, mais les longues plages somnolentes durant lesquels son GPS d'écrivain est égaré sont le pendant le plus déplaisant de l'extraordinaire attente qu'avait suscité le deuxième volet des aventuriers de la Tour Sombre.
Je suis loin de décrier celui que je considère comme un écrivain contemporain majeur, mais cette capacité bien connue du maître à se laisser entrainer par sa propre prose est liée à la technique même de composition de ses histoires. Celle qu'il défend et qu'il prescrit. Plus que jamais on sent dans ce volume une forme de navigation à vue, King sait d'où il part et où il doit se rendre, mais entre les deux, il cherche son chemin. Et malheureusement pour nous, il peut chercher longtemps autour d'un feu de bivouac ou lors d'un repas ce qui nous semble à nous, lecteur, avoir vu longtemps avant lui. C'est un procédé intéressant, mais qui laisse trop souvent percevoir les échafaudages et la peinture fraiche sur les murs qu'il peint.
Pourtant, loin de moi l'idée de dissuader qui que ce soit d'arrêter ses rêves au pied de cette aventure enthousiasmante ; l'eau a bien meilleur goût après la traversée du désert. Je fais cette nuance pour que mon exaltation habituelle ne paraisse pas trop partisane. Je suis conscient qu'à ce stade, il est de toute façon impossible de renoncer. Car même avec ce ressentiment, lorsque je tends le bras pour saisir mon prochain livre, je dois lutter physiquement contre le désir de commencer immédiatement le tome 4. Car un voici un sorcier qui sait nous posséder sans que sa magie soit irréprochable, voici un créateur de mondes inconnus qui nous dépeint le fantastique avec l'honnêteté et la bonhommie d'un père de famille, en voilà un qui, même quand il est en petite forme, fait plus pour le plaisir et l'addiction que le sport et l'alcool réunis.
Chez King, un désert n'est jamais vraiment vide, le silence est le plus inquiétant des hurlements, et ses livres valent toujours la peine d'être lus.