Extrait
Tian avait la chance (même si peu de fermiers se seraient risqués à employer ce terme) de posséder trois parcelles : le Champ du Fleuve, où sa famille faisait pousser du riz depuis des temps immémoriaux ; le Champ de la Route, où le ka-Jaffords cultivait la vive-rave, le potiron et le maïs depuis un nombre égal de générations, et Fils de Pute, un lopin ingrat où ne poussaient que des cailloux, des ampoules et des espoirs déçus. Tian n'était pas le premier des Jaffords déterminé à tirer quelque chose de ces vingt arpents situés derrière chez lui : son Gran-Pere, parfaitement sain d'esprit pour tout le reste, s'était laissé aller à croire qu'il y avait de l'or, là-dessous. La Ma de Tian s'était montrée tout aussi convaincue qu'il y pousserait du porin, une épice de grande valeur. La marotte de Tian, c'était le madrigal. Bien sûr que le madrigal pousserait sur Fils de Pute. Il le fallait. Il avait réussi à mettre la main sur un millier de graines (et elles lui avaient coûté une coquette somme), qu'il cachait sous les lattes du plancher de sa chambre. Tout ce qui lui restait à faire avant de les semer l'année suivante, c'était de préparer le sol de Fils de Pute. Ce qui était bien plus facile à dire qu'à faire.
Le clan Jaffords avait la chance de posséder du bétail, notamment trois mules, mais il aurait fallu être fou pour essayer d'emmener une mule à Fils de Pute ; pour la pauvre bête qui aurait la malchance d'y mettre les sabots, ça signifiait se retrouver les pattes cassées ou piquée à mort, et ce dès le premier jour, avant midi. L'un des oncles de Tian avait bien failli finir comme ça, quelques années plus tôt. Il était rentré chez lui ventre à terre, hurlant comme un putois, poursuivi par de gigantesques guêpes mutantes affublées d'un dard gros comme un clou. Ils avaient trouvé le nid (enfin, c'était Andy qui l'avait trouvé ; Andy se fichait des guêpes, quelle que fût leur taille), et ils l'avaient fait flamber à l'essence, mais il se pouvait qu'il en restât. Et puis il y avait les trous, les Mon-salaud, plein, il y en avait plein, et impossible de brûler des trous, pas vrai ? Impossible. Fils de Pute se situait sur ce que les anciens appelaient un «terrain flottant». Aussi comptait-il autant de trous que de cailloux, sans parler d'au moins une grotte qui crachait régulièrement des bouffées d'air nauséabond et toxique. Qui pouvait dire quels croque-mitaines ou quels démons bavards rampaient le long de sa gorge sombre ?
--Ce texte fait référence à l'édition
Poche
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Biographie de l'auteur
Stephen King fait partie de ces écrivains qu'il n'est plus besoin de présenter. Carrie, Shining, Christine... autant de romans - et souvent de films - mondialement célèbres. Mais rien ne compte plus à ses yeux que le cycle de La Tour Sombre, son Grand uvre, une saga-fleuve monumentale dont il entama l'écriture alors qu'il était encore étudiant, et qui connaît enfin sa conclusion aujourd'hui.