Je ne vous apprendrai rien en disant que Callas EST Violetta, tant le personnage est nourri, pensé, respiré, c'est le sang de la Dame aux Camélias qui coulent dans les veines de la Callas et c'est beau à pleurer!
La Traviata vient à la suite de Rigoletto et de Il Trovatore, c'est dire que nous avons là un réel et époustouflant aboutissement de la recherche de Verdi concernant la réalisation de drame relativement court et très difficile à rendre sur une scène de théâtre... il a réussi. Verdi disait que là où le théâtre se trouvait devant des difficultés de représentations, la musique venait tout résoudre, c'est le chemin que suivra Puccini, grand héritier du Maestro Giuseppe!
la direction de Giulini est assez dynamique, même si parfois le tempo est un peu lent, mais la tension dramatique reste toujours présente: dès les premières mesures du Prélude, il nous prend par la main et il ne nous lâchera que pour recevoir dans nos bras une Violetta, morte... tremendo!
Di Stephano, un ténor digne de se retrouver aux côtés de Callas car il JOUE lui aussi, il y croit, il y met toute son âme, il est amoureux et ça se sent. il est impérial dans la scène "ogni suo aver tal femmina..." quand il balance des billets de banque à la figure de Violetta, d'ailleurs il n'y a qu'à entendre les applaudissements et les cris de la salle.
Callas... divine! c'est toute la joie de vivre d'une insouciante qu'elle nous fait entendre au début, elle ne nous dit pas: "attention, je vais mourir alors commencez à pleurer!" c'est ce que fait une Ileana Cotrubas (avec Kleiber en 1977) qui crie avant d'avoir mal. avec Callas,la maladie est là mais ça n'est pas le propos, chaque chose en son temps, le temps n'est pas encore celui de la souffrance; alors, Violetta vit, rit, résiste avec force à l'amour qui déjà la possède: la scène d'"e Strano", "Ah forse lui" et "Follie follie" est parfaite et là on voit tout le génie de Verdi: c'est une scène d'amour, de coup de foudre où l'amoureuse n'arrête pas de nous dire qu'elle refuse l'amour et qu'elle préfère le libertinage... va, je ne te hais point! jamais "je t'aime" ne sort de sa bouche.
la scène Germont-Violetta est extraordinaire: j'avoue qu'à chaque fois que je l'écoute, j'éclate en sanglots, toute la musique me prend à la gorge; paroxysme avec ces quelques notes quand elle écrit sa lettre d'adieu à Alfredo... là, il me faut non pas un mouchoir mais une serviette de toilette...
toute la scène d'agonie est exécutée avec beaucoup d'intelligence et de coeur par un Giulini d'une grande sensibilité...: depuis le prélude-écho, sorte de réminiscence et de prémonition à la fois, jusqu'au "ritorno a viver, ô gioia! je retourne à la vie, ô joie!" d'une Violetta presque canonisée par la force de tout l'orchestre! on pense alors au Requiem (le "Libera me").
le son parvient parfois difficilement car l'enregistrement est sur le vif mais c'est très intéressant d'entendre la salle qui respire...
je préfère cette version à celle de Ghione(1958), car on sent qu'il s'est passé quelque chose ce soir-là à la Scala en cette année 1955: Callas devenait Violetta pour longtemps!