Ecrit par Billy Wilder et Charles Brackett ('La 8° femme de Barbe-Bleue' et 'Ninotchka') et venant après 'Assurance sur la mort' et 'Le poison', deux films dramatiques qui l'avaient enfin imposé en tant que metteur en scène (la gloire ne viendra qu'en 49 avec le classique 'Boulevard du crépuscule'), 'La valse de l'Empereur' est le seul film, une comédie musicale (avec surtout du chant, guère de danse), en Technicolor (et, magnifiquement restaurées, les images de l'époque sont tout simplement superbes), du juif autrichien Samuel (dit Billy) Wilder dont l'action se déroule en... Autriche.
Bing Crosby est un arrogant bateleur américain venu à Vienne pour vendre à l'Empereur un gramophone mécanique accompagné de son Jack Russell terrier ('La voix de son maître' évidemment) qui sur place entre immédiatement en conflit avec la chienne, un caniche géant, de la Comtesse Joan Fontaine (la s½ur d'Olivia de Havilland, surtout connue pour ses rôles dans 'Soupçons' et 'Rebecca' du grand Hitch, et qui porte dans ce film des robes absolument délicieuses conçues par la grande Edith Head). La chienne en question, traumatisée par le chien de Crosby, se met à avoir peur de tous les chiens mâles, alors qu'elle est censée s'accoupler avec le caniche géant de l'Empereur pressé d'assurer la descendance de son chien impérial. Joan Fontaine, qui avait d'abord exigé l'expulsion de l'intrus américain, le fait rappeler et lui demande de l'aider à calmer sa chienne, que même l'émule de Sigmund Freud (l'extravagant germano-américain Sig Ruman) appelé à la rescousse n'a su guérir de son traumatisme. Le rapprochement entre les deux chiens se fera finalement même plus que prévu et rapprochera également dans le même esprit l'aristocrate et le roturier sur fond de yodels de circonstance...
On reconnaît évidemment l'humour caustique de Billy Wilder dans cette niaiserie dont les scènes extérieures ont été tournées dans les Rocheuses canadiennes et qu'il ne s'est jamais pardonné d'avoir réalisée pour faire plaisir à la Paramount et dont il a dit « moins on en parlera, mieux ça vaudra ! ». Mais bon, cette viennoiserie, qui est quand même l'un des rares films en couleur de son auteur (et quelles couleurs !), tourné à son retour d'Europe à la fin de la seconde guerre mondiale où il avait eu à constater l'horreur des camps de concentration nazis, d'où l'envie de tourner un strict divertissement lui rappelant son enfance viennoise (il est né en 1906), n'en reste pas moins une petite opérette sympathique dans laquelle Crosby chante notamment le tube 'I kiss your hand, Madame' dont la mélodie résonne à plusieurs reprise tout au long du long-métrage.