Quand Pierre Granier-Deferre s'attaque au roman de Georges Simenon, le lyrisme de la passion amoureuse l'emporte sur le drame rural réaliste, avec en filigrane l'époque troublée des années 1930.
L'HISTOIRE DU FILM : En 1934, dans un car qui longe le canal du centre, Jean, évadé du bagne de Cayenne fait la connaissance d'une paysanne, la veuve Couderc, femme solitaire, détestée par sa belle-famille et qui s'acharne à conserver sa ferme. Jean est un homme qui ne va plus nulle part. Il est revenu vivre dans cette région où il a grandi avant que la police ne le retrouve. Une étrange histoire d'amour naît entre cette femme qui n'est plus toute jeune et cet homme qui se sait sans avenir.
La Veuve Couderc n'est pas un coup d'essai pour le réalisateur. Entre lui et le célèbre romancier, des affinités se sont créées et leur collaboration s'avère très fructueuse...Le train (1973), L'étoile du Nord (1982), ainsi que trois épisodes de la série télévisée du commissaire Maigret.
Pour La Veuve Couderc, P.G.Deferre et le scénariste-romancier Pascal Jardin se sont très librement inspirés du roman éponyme publié en 1942. Dans l'oeuvre originale, la relation entre la veuve Couderc et Jean tournait au cauchemar lorsque le jeune homme se détournait de cette femme mûre, enlaidie par la jalousie. Au contraire, dans le film, l'histoire sentimentale est développée et prend le dessus sur l'intrigue. Deferre choisit de gommer la pudeur de Simenon et ajoute au récit tendresse et lyrisme. D'autres libertés sont également prises par le réalisateur, notamment, les raison de la peine de prison purgé par Jean avant son évasion...
A sa sortie en 1971, le film obtient un grand succès tant de la part de la critique que de celle du public. Si toutes les prestations des comédiens sont saluées, c'est naturellement le duo Signoret/Delon qui retient toutes les attentions. Simone fascine par sa présence tandis qu'Alain attire la sympathie en composant un personnage affectueux et fragile à partir d'un anti-héros tragique...
Le duo échappe à tout cabotinage et on admire la lucidité et l'honnêteté de ces comédiens qui ont l'air de remettre sans cesse leur métier en question, se méfiant de leur trop grand talent.
Enfin, la réalisation est louable pour son parti-pris de réalisme psychologique digne du cinéma français des années 40 et 50.
La Veuve Couderc obtiendra le prix du cinéma français en 1972.