Trafic d'êtres humains, prostitution, trahison : je ne suis pas certain d'avoir vraiment compris l'histoire, sombre et oppressante, faite de tension permanente. Mais peu importe, puisque l'intérêt du film se situe ailleurs (et la jaquette du DVD apporte quelques éclaircissements). Pour Philippe Grandrieux, le récit ne constitue pas le centre du cinéma mais le support d'une création artistique ; et, pour le spectateur, ce film doit être avant tout une « expérience sensorielle ». Ses films ne sont pas romanesques mais à tendance expérimentale, primitifs et sensoriels. Et celui-ci, par rapport à son premier film de fiction "
Sombre", franchit un pas supplémentaire dans cette direction, vers une sorte d'abstraction.
On y retrouve les effets de lumière et les jeux sur la mise au point, les plans tremblés, et la présence d'une nature bien réelle mais filmée avec poésie. Ces aspects sont ici amplifiés, parfois magnifiés, et certaines scènes sont d'une immense beauté, totale, tant visuelle qu'auditive, car l'
élément sonore est, comme il se doit dans une telle œuvre, très travaillé.
Comme mentionné sur la jaquette, « Philippe Grandrieux pousse son cinéma dans ses derniers retranchements ». Peut-être un peu trop loin pour un film de cinéma ; c'est du moins ce qu'on lui a parfois reproché. Ce film peut en effet paraître un peu maniéré. Ce reproche est toutefois secondaire à mes yeux, ce film parvenant à éveiller mes sens voire à me fasciner malgré un certain nombre de visions. Car, j'apprécie particulièrement ce cinéma qui crée un climat très particulier dans lequel chaque nouveau plan est une surprise voire un instant de grâce. « Je ne demande que ça au cinéma : pouvoir être captif, médusé, fasciné, ébloui, pouvoir être emporté par le film. [...] J'en attends une expérience [...] totale, et surtout nerveuse », déclarait Philippe Grandrieux aux Inrockuptibles. Lorsque quelqu'un nous offre un tel moment de cinéma, nous ne pouvons que lui dire merci. Qu'ils soient si rares leur confère encore plus de valeur.
Extrait de l'introduction au livre "
La vie nouvelle, nouvelle vision" : « Avec "La vie nouvelle", les critères d'acceptabilité d'une œuvre se manifestent crûment : aujourd'hui, pour agréer, un film peut se montrer d'une laideur effroyable, d'une bêtise morbide, d'une vilenie anxiogène, il peut ne propager que des idées indéfendables, le fascisme, l'humiliation, l'invidia, n'importe quoi, tout va bien, il ne dérangera personne au contraire - pourvu qu'il le fasse de façon simpliste, reconnaissable et catégorisable. Le film de Philippe Grandrieux, travail subtil, violent et prototypique, ne répond à aucune consigne sociale actuelle. » (Nicole Brenez)
Comme "Sombre", "La vie nouvelle" est avant tout un film de cinéma perdant beaucoup à être visionné sur un téléviseur. Mais cette expérience mérite d'être vécue (par les adultes) même avec des sensations ainsi atténuées.
Cependant, si on ne parvient pas à se laisser emporter, ce film presque sans dialogue peut paraître terriblement ennuyeux voire détestable.
Sur ce DVD StudioCanal, aucun bonus.
(Krik, sur amazon.fr, le 12/01/11)