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La Vie heureuse [Broché]

Nina Bouraoui
3.2 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (4 commentaires client)
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Marie a seize ans, vit à Zurich et passe ses vacances à Saint-Malo, au milieu de ses cousins. C'est une fin d'adolescence dans les années 80, marquées par le film La Boum, les chansons de Plastic Bertrand et d'Umberto Tozzi, Flashdance et Jennifer Beals, entre la Suisse et la Bretagne, un temps illuminé par le présence d'une divine grand-mère, fine maîtresse des tourteaux, des galettes de sésame et des clafoutis, trimbalant avec elle sa bonhomie et sa bonne humeur… La mort de Klaus Nomi, victime du sida, fait basculer l'enfance du côté des réalités adultes, en même temps qu'elle préfigure la fin d'une tante, atteinte d'un cancer. Aux boîtes de nuits succèdent les fréquentations du lycée, les premiers flirts, l'angoisse des premiers rapports et la rencontre d'une autre jeune fille, Diane, qui bouleverse l'existence : "Je dois tout refaire à l'envers, l'enfance, ce qu'on m'avait dit, l'homme de mes rêves, le prince et la princesse, la légende. Moi, je n'aurai pas peur de faire l'amour avec toi. Ce sera plus qu'avec un garçon. Il ne manquera rien, là. Ce sera la vie, la vie heureuse."

Itinéraire d'une jeune fille qui se cherche à travers les lieux et les liens familiaux, longtemps gagnée par le désir mais "sans amour", La Vie heureuse déroule les interrogations du quotidien d'un être "qui se sent à part", prend conscience d'une homosexualité au moment d'"entrer" dans la vie, avec derrière soi, un bagage fait dans l'insouciance et la légèreté. Malgré les masques de la fiction, en toute simplicité, Nina Bouraoui livre une autre facette d'elle-même, comme elle l'avait fait pour Garçon manqué. Et comme elle avait alors si bien réussi à décrire l'arrachement à la terre natale, le tiraillement des origines, elle réussit là encore très bien ce portrait, à la fois inquiet et pudique. --Céline Darner

Extrait

Klaus Nomi est mort du sida. La radio passe sa dernière chanson plusieurs fois par jour, comme une messe. C’est le premier corps que j’imagine sans chair, transparent, les os dénudés, les yeux qui mangent le visage. La mort entre dans l’été.
Avant, c’était le club Mickey, les gaufres, la digue de Rochebonne, la tour Solidor, les feux d’artifice, la canicule de 76, l’épidémie de poux, la Marie-Rose.
Avant, c’était l’orage,, les feux de camp, les marées d’équinoxe, les régates, le Coca fraise au sommet des falaises. Avant un rien m’amusait. Je veux plus désormais.
Je traverse le barrage de la Rance. Je vais vite. Je cherche un visage dans la nuit. Je cherche un corps qui consolera. Je rentre à pied, par les champs de maïs et les chemins de terre. Je m’ennuie. C’est la peur qui manque, la peur des ombres et du vent dans les arbres, une peur d’enfant.
On dit qu’on peut attraper le sida par la salive, par la sueur, par les moustiques, à la piscine municipale, dans les toilettes des boîtes de nuit. Je ne le crois pas. Je sais que ça vient du sang et du sperme, c’est tout.

Je m’appelle Marie. Je viens de Zürich, Hochstrasse 30, quartier de Fluntern. Je déteste Zürich. Je déteste le lycée de Gockhausen. Je déteste le froid, la neige et je ne sais pas bien skier. Le proviseur, M. Portz, dit que je suis une fille violente et qu’il est encore difficile de m’imaginer adulte. Saint-Malo est un paradis alors. Nous avons deux maisons de vacances. La plus petite fut longtemps à l’abandon. Le propriétaire ne voulait pas vendre. J’entendais des bruits. J’avais peur des fantômes et des feux follets. Un clochard l’habitait. Ma grand-mère a réussi à acheter. C’est notre maison, la maison des cousins, avec un jardin, des sapins et des haies, près de la mer grise. Je dors avec Audrey dans la grande chambre, Julien dort sur le « pliant », à côté. La nuit, nous marchons pieds nus sur les graviers, comme des voleurs qui s’enfuient. Ma grand-mère est heureuse avec nous. Elle prépare des tourteaux, des galettes de sésame, du clafoutis. Les maisons sont gaies, toujours de la musique sur l’électrophone, Jimmy Somerville, Alan Parsons, les fenêtres ouvertes, les amis, la planche à voile dans le jardin, les serviettes de bain sur le fil, les chaises longues, le petit chien, dans nos jambes, dans nos bras, sur toutes les photographies.
Souvent, elle vérifie notre maison, la cuisine, le frigo, le gaz surtout et le linge. Elle nous appelle les « cocottes sales » avec Audrey, à cause des vêtements en boule.
On sort tous les soirs, Penelope, Rusty Club, lancés sur la route de Saint-Briac.
C’est l’été, rien ne peut arriver.

J’ai seize ans. Mon grand-père vient de Rennes. Ma tante Carol suit avec son mari et ses deux enfants, Sybille et Liz. Sur la table, du melon, du jambon cru, de la mayonnaise, des araignées de mer que j’ai choisies, encore vivantes, dans la glace du poissonnier. C’est ma fête, seize ans. Klaus Nomi avait le visage blanc et les lèvres rouges. Il avait une voix haute. Il chantait de la pop-opéra. Sa voix sur la voix de mon grand-père qui raconte, la bombe atomique, les soviets, la comète, François Mitterrand, l’aérobic, Véronique et Davina, les années 80, si dangereuses. Et nous qui ne pensons qu’à sortir. Les filles, si vous voulez cinquante francs, ma Buick est sale avec les allers-retours, le cabinet dentaire, ma mère, ma femme, Fougères, Paramé ; le jet d’eau, les enjoliveurs et les phares, les ailes de la voiture, comme un avion; cinquante francs, une entrée au Rusty, avec une consommation gratuite ou deux punchs qui font vomir chez les jumeaux de Saint-Lunaire ; cinquante francs, à la sueur de mon front. J’ai le corps qui tremble. Joyeux anniversaire ma chérie, l’Encyclopédie du cinéma Boussinot, avec ton physique, tu seras actrice, c’est sûr, cours Florent, casting, Cannes ; je reçois aussi la bande originale de Furyo, un poster de Marilyn, une cassette, Propaganda, du parfum, Eau de Rochas, des parapluies en chocolat, Marquise de Sévigné.

Une seule personne est en danger ici : Carol. Nous faisons tous semblant. Carol est venue cet hiver à Zürich. Elle cherchait une solution, la diététique, un professeur, un traitement. Elle a adoré Zürich, le lac, les tramways, les gens polis, mon lycée près de la forêt, la brasserie Mövenpick, les grands magasins, Globus, Migros, le luxe de la Bahnhofstrasse, les santons, le chocolat de Sprüngli. Elle a adoré l’appartement fait d’un seul bloc, la terrasse, la cheminée en ciment, le noisetier où nichait un écureuil que je n’ai jamais réussi à attraper. Elle a fait un plan du lieu pour s’en souvenir. Elle dormait dans ma chambre, moi sur le canapé-lit du salon. Je l’entendais se lever la nuit. Elle vomissait à cause des rayons.
Carol est belle. Seul son regard a changé, le bleu de ses yeux a légèrement passé. C’est la dernière des filles, la plus blonde, la plus grande, comme une Américaine, en trench, en chemisette serrée, en mocassins Sebago et en Dock sides. Enfant, elle appelait ma mère, sa « petite mère ». Adolescente, elle l’attendait à la sortie de la faculté avec des pains au chocolat, inquiète de sa nouvelle vie : ma mère, amoureuse, avait quitté sa famille. Il reste des photos de cette période, dans le jardin du Thabor, devant la grande maison blanche, près du café Hoche. Carol, la Méhari, les falaises de la Varde, le Sillon, la vitesse, les remparts, Serge Gainsbourg, l’eau à la bouche. Carol, sur le pont du voilier, port de Saint-Servan, avant les croisières, île de Jersey, île de Guernesey, avec ce bruit de câbles métalliques qui me suivra, longtemps, comme une voix fantôme.

Carol est malade. Elle savait, avant de consulter. Avant les examens. Avant d’entendre Jean, son mari, « J’ai les résultats, ils sont mauvais, c’est foutu. » Un an de rémission, les noces d’or des parents à Venise, les vacances de neige, Zürich, Pâques en Angleterre, la cuisine à refaire, la thèse à reprendre, le beau mois d’août, la mer. On ne meurt pas en été. Il y a ce voyage avec les enfants, prévu depuis longtemps. Le chirurgien est d’accord. La petite n’a pas encore cinq ans. Il faut tenir. Pourquoi mon grand-père la regarde ainsi ? Pourquoi ma grand-mère quitte la table ? Laisse ta maman tranquille Liz, elle est fatiguée. Tu veux te reposer Carol ? Ça ne va pas ? Tu as mal au ventre ? Allonge-toi sur l’herbe, tu seras mieux, le gâteau est servi, on vient, on te rejoint, tu n’es pas seule, nous sommes tous là, au Pont, dans les villas que tu aimes tant. C’est le soleil, la fête, la voiture aussi, cette nationale mal fichue, les tournants, les embouteillages. C’est l’émotion, toute la famille, manque ma mère, qui écrit, « Surtout ne dis pas à Carol que nous quittons Zürich, je ne veux pas qu’elle s’inquiète. Je viendrai si ça ne va pas. »

Jean appelle le chirurgien qui a promis de rester à Rennes en août. Carol ouvre sa trousse de secours – un coton, une seringue, son bras nu. Il faut occuper les petites.
Carol avait peur de perdre ses cheveux. Elle n’a pas changé, belle, un foulard sur la gorge, des sandales rouges, un jean, un tee-shirt blanc, des boucles créoles aux oreilles, une jeune fille, sauf sa main sur son ventre, sauf ce mot à son père : Ça recommence je crois. Carol comptait sur la Suisse, la recherche, les professeurs. Carol a cherché. La médecine douce ? Ce docteur à Paris ? Ce traitement naturel ? L’hôpital, l’enfer, les salles d’attente, les malades, la maigreur, les femmes en perruque, les examens, les résultats, l’opération, couper, encore couper. On va y arriver, vous cicatrisez mal, vous souffrez ? La peau, ça tire ? Respirez, stop, reprenez. Il y a des cas dans la famille ? C’est mauvais, très mauvais, ça ne passe pas ; ça va vite, vous êtes jeune, trente-six ans, les cellules en profitent, les folles ; vous supportez les médicaments ?


Détails sur le produit

  • Broché: 339 pages
  • Editeur : Stock; Édition : STOCK (21 août 2002)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2234055040
  • ISBN-13: 978-2234055049
  • Moyenne des commentaires client : 3.2 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (4 commentaires client)
  • Classement des meilleures ventes d'Amazon: 308.157 en Livres (Voir les 100 premiers en Livres)
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14 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
Par "nb1111"
Format:Broché
Marie partage sa vie entre St Malo l'été et Zurich l'hiver. Sa vie est en train de basculée. Sa passion pour Diane et la fin de vie de sa tante Carol mettent fin à son enfance.
Le récit de Nina Bouraoui nous promène immuablement d'un lieu à l'autre suivant une alternance des chapitres. En fait, au départ le lecteur peut avoir l'impression de lire deux histoires parallèles mais, rapidement, le parti pris de l'auteur est évident. L'auteur éclaire son personnage par l'amour et la mort, deux thèmes qui renvoient aux profondeurs de l'existence, aux origines du roman. Cette construction binaire est parfois lancinante mais le texte est vif, les phrases sont courtes et le récit émaillé de références aux années 80.
Personnellement, je n'avais encore rien lu de Nina Bouraoui et j'ai dévoré ce livre. La passion perverse à laquelle Marie est soumise, l'amour si pur qu'elle donne, la mort inévitable qui la suit, exercent sur le lecteur le besoin de savoir comment l'histoire se terminera. A lire.
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
cadeau parfait 24 mai 2010
Format:Poche
Ce livre d'occasion etait en tres bon etat comme le vendeur avait dit. Je l'ai achete pour une amie, comme petit cadeau, pour lui faire decouvrir les livres de Nina Bouraoui. Ca a ete bien recu!
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6 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
Par étoile
Format:Poche
Récit des affres d'une adolescente. On a du mal à compatir, à s'identifier voire même simplement à s'interesser aux malaises existentiels de cette ado.

Pourtant, je suis née la même année que l'auteur et comme le livre est bourrée de références notamment musicales aux années 80, j'aurais dû trouver un certain intérêt.

Je ressents trop fortement une volonté d'écrire (t'as vu mon style ?) plutôt que de raconter. Les phrases sont courtes mais le style est pesant. On s'ennuit du début à la fin.
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