Gilles Grangier, "La Vierge du Rhin", 1953, NB, bonne copie, léger bourdonnement dans la bande-son.
Eh non, "La vierge du Rhin" n'est pas le nom d'une rosière teutonne ! C'est celui d'une péniche ramenant Jacques Ledru (Jean Gabin) à Strasbourg après des années de captivité, pour retrouver son entreprise au bord de la ruine.
Ce premier film du duo Grangier-Gabin, le Gros et le Vieux, comme on les appellera plus-tard, est écrit par Jacques Sigurd, le scénariste des films glauques d'Yves Allégret, et s'il n'est pas aussi désespérant que "Manèges" ou "Une si jolie petite plage", il nous fait connaître quelques personnages "assez réussis dans le genre répugant", dont la femme de Ledru, Geneviève, la très jolie et trop rare au cinéma, Elina Labourdette, n'est pas le moindre exemple.
Jean Gabin, brut de décoffrage, massif et taciturne, sans la moindre complaisance de séduction envers le public, sait montrer, par petites touches, qu'un coeur bat encore sous le granit, et c'est Nadia Gray, la fille du marinier, Olivier Hussenot, séductrice à la tête aussi solide que les appas, qui en profitera pour une fin plus placide qu'heureuse.
Sorti entre "Leur Dernière Nuit" de Georges Lacombe et le mythique "Touchez pas au Grisbi" de Becker, cette "Vierge du Rhin" n'est peut-être pas un grand film, mais ce n'en est pas un petit non plus. L'histoire est solide, bien menée par Grangier, et Gabin y est tel qu'en lui-même, à savoir qu'on n'imagine pas que quelqu'un d'autre ait pu jouer son rôle, ce qui est, je crois, le meilleur compliment qu'on puisse faire à un comédien.