« J'aurais bouffé ma merde pour gagner encore de l'argent » confie l'auteure de La Bâtarde, récit autobiographique paru en 1964 où Violette Leduc avoue avoir gagné des centaines de milliers de francs au marché noir pendant la guerre.
Personne a priori peu recommandable, que ses qualités littéraires (un tempérament, un style) feront reconnaître, à l'instar de Jean Genêt célébré par Sartre, et personne malheureuse (déprivation, laideur, chapelet d'échecs), V. Leduc reçut le soutien de Simone de Beauvoir, qui dans une longue préface à La Bâtarde note avec justesse que « la malchance même a ses raisons ».
Si certaines pages ne sont pas sans évoquer Notre-Dame des Fleurs (amours entre filles au collège), on pense surtout au Sabbat de l'écrivain homosexuel Maurice Sachs (voir mon commentaire), dont Violette Leduc a partagé un temps la vie, dans une sorte d'amour impossible.
Honteuse de son visage (Prévert voulait le rectifier !) mais fière de son sexe (« J'étais fière de mon tabernacle sous ma toison »), assez bonne pianiste, aimant la campagne comme Colette (à la différence de Sartre et de Céline...), V. Leduc a laissé avec La Bâtarde un témoignage précieux sur les années trente (odeurs mêlées de Mitsouko et de Camel) et la période de l'occupation.
On notera une certaine tendance au name-dropping chez cette écrivaine qui a croisé beaucoup de monde : Julien Green, Jean Gabin, Picasso, etc. Une séquence sans aucune ponctuation paraît assez insolite, dans ce corpus plutôt classique, et plusieurs passages semblent parfaitement délirants (on sait que V. Leduc, qui mourra d'un cancer du sein à soixante-cinq ans, a connu l'hôpital psychiatrique).
5 étoiles sans aucune hésitation (mais la collection L'Imaginaire de Gallimard est fort mal brochée, après lecture le volume part en morceaux).