Au commencement était un rêve de société, une utopie, un idéal de société nouvelle - et puis ce rêve de société devint cauchemar...
Ce film montre les moyens infiniment violents utilisés pour mettre en place une société théorisée par les idéologues ultra-socialistes des années 60-70,
ainsi nous assistons à la tentative désespérée d'un petit groupe, la R.A.F. (Fraction de l'Armée Rouge), de renverser par la terreur et une violence quasi sans limite, un gouvernement qu'ils haïssaient plus que tout.
Comme tous fantasmes, ceux de fonder par la force armée, des "sociétés parfaites" donc idéalisées (ou utopies) ne sont pas fait pour être réalisés mais pour faire souffrir ceux qui s'abiment dans cette croyance mentalement cécitante.
Dans ce récit convulsif et enfiévré, les "meilleurs intentions" - combattre pour le peuple et le "libérer" (contre son gré) - se transforme en guerre totale déclarée contre une "société de consommation" suspectée d'être une alliée de "l'impérialiste américain".
Nous sommes presque dans une logique schizophrénique confinant l'idéologue maniac, dans un carcan de paranoïa et une vision tronquée puisque bipolaire du monde - "nous contre eux", "notre groupe contre le reste de la société".
La démonstration est totale (et sans effet inutile), alors que le groupe de Andreas Baader s'isole, la perception du monde de chaque membre du groupe se radicalise et enferme chaque adhérant dans une quête infernale de l'impossible.
Le film nous montre les effets pervers du replie sur soi intra-communautaire, où la perception de l'univers de l'individu est conditionnée obligatoirement par celle du groupe - le groupe devenant le centre "totémique" du monde.
Ce film m'avait beaucoup marqué lors de sa sortie relativement discrète en salle.
« LA BANDE À BAADER », sans faire de polémique sur la véridicité des évènement présentés dans le film, est une oeuvre apparemment très bien documentée, ainsi que fiévreuse à l'image de son (anti)héros sociopathe et caractériel, incarné par l'excellent Moritz Bleibtreu.
L'action du film est crue et tendue de bout en bout comme un fil d'acier, et les péripéties s'enchainent sur un tempo laissant parfois K.O. le spectateur.
Toutefois, le film arrive (quelque peu) à prendre du recul vis à vis des personnages radicaux, enflammés et violents qu'il présente, puisque certaines (rares) séquences sont comiques par l'absurdité de certaines situations paradoxales ; ainsi, nous assistons aux entrainements en Libye, du groupe Baader Meinhof, composé partiellement de militantes se baladant toutes nues, dans des camps d'entrainements au milieu des musulmans abasourdis - et cela, pour revendiquer par leurs nudités, certaines valeurs "du sexe libre et du corps libre" comme faisant parti intégrante d'un acte de foi révolutionnaire et politique.
Uli Edel installe avec savoir-faire, l'ambiance de son film, ancrée dans les seventies, en dépeignant un monde en mutation trop rapide pour certains de ses protagonistes, en ponctuant son film de véritables infos télévisées - ainsi, sous nos yeux défilent la guerre froide, le conflit israelo-palestinien, la guerre du Vietnam, la révolution de Mai 68 et ses désillusions.
Le groupe de Baader a été façonné dans le feu dévorant de ce magma culturel incandescent composé de libération sexuelle, de psychédélisme, de tier-mondisme révolutionnaire, de théories marxistes, de rejets et d'idolâtries diverses - le résultat mental à tout cela, étant la destruction des repères moraux dans cette noyade pluriculturelle et communautaire outrancière.
Leurs intentions étaient "louables", mais ne dit-on pas que les chemins menant en enfer sont pavés de bonnes intentions ?...
Pour tenter de comprendre la haine anti-américaniste de la « bande à Baader », voici un livre à découvrir : «
L'obsession anti-américaine : Son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences »...
Autre livre en rapport direct avec ce film percutant : «
La Grande Parade. Essai sur la survie de l'utopie socialiste »...