Avec son
histoire de la lecture, Alberto Manguel avait ravi le petit peuple qui hante les livres de leurs yeux avides. Il continue avec cet ouvrage qui décrit le pays infini de ceux qui cherchent un refuge, une question ou un début de réponse. Fidèle à la méthode qui lui a valu le succès dans son premier essai, ce livre est composé de courts chapitres didactiques pouvant se lire en ordre séparé. Ils sont enrichis d'une belle iconographie en N&B. Quinze chapitres pour faire presque le tour de la question : un mythe, un ordre, un espace, un pouvoir, une ombre, une forme, le hasard, le cabinet de travail, une intelligence, une île, la survie, l'oubli, l'imagination, une identité, une demeure. La conclusion apporte un début de réponse de l'auteur sur sa conception d'une bibliothèque, à savoir une source de consolation.
J'ai particulièrement aimé ce livre. D'abord parce qu'il parle d'autres livres et en tant que lecteur, je suis toujours frappé de la manière dont les livres peuvent communiquer entre eux par des réseaux secrets. Ensuite parce qu'il est bien écrit. Il faut en convenir, les essais sont habituellement particulièrement arides. Celui-ci est souple dans la manière d'amener le sujet et révèle des qualités d'écriture qui sont au moins aussi importantes que celles que l'auteur a développées en tant que lecteur. Par ailleurs, il faut souligner le travail de la traductrice (Christine Le Boeuf) pour rendre agréable toutes les nuances de l'auteur en une langue française châtiée. Enfin parce que l'auteur nous parle, me parle, de ce pays des livres que je me plais incessamment de découvrir, d'arpenter, d'explorer, a fortiori dans ces lieux qui sont presque magiques à mes yeux : les bibliothèques. Avec l'auteur, j'ai retrouvé dans les mots la gestuelle personnelle que j'adopte : le classement permanent, la mise en exergue de tel ou tel ouvrage, l'appariement des œuvres. Une bibliothèque personnelle est comme une carte mentale qui se modifie en permanence. C'est un corps vivant très souple, plus que les grandes bibliothèques municipales, universitaires ou nationales. Cependant, les deux ont cette mission de transmettre un savoir tout en marquant un lieu pour matérialiser le savoir. On sent l'auteur critique vis-à-vis de la dématérialisation offerte par les réseaux mais c'est sans doute par crainte que le medium électronique réduise la pérennité qu'offre l'imprimé. On peut le comprendre.
Un très bon livre.