A voir la jaquette du DVD, ce film de 1973, le treizième de Claude Lelouch, présente toutes les apparences d'une daube datée au rythme mou, et c'est à se demander comment on peut lui donner sa chance, vu son peu de notoriété. Puis on se dit que Lelouch, boudé depuis ses débuts par les critiques, a quand même souvent mieux servi le cinéma que ses détracteurs, alors on se lance. Comme le dit le personnage interprété par Lino Ventura : "Je choisis mes films comme mes femmes, en prenant des risques."
J'ai rarement été aussi souvent surpris par un film, et ce, dès le générique. Il n'y a rien de convenu, d'attendu, ni d'ennuyeux dans cette histoire qui mêle audacieusement les genres de la romance et du film noir. Deux mondes se rencontrent, qui auraient seulement dû se croiser, lorsque Simon, voyou à la Melville, préparant un casse, tombe sous le charme de Françoise, antiquaire cultivée, fatiguée du milieu bourgeois dans lequel elle évolue. Mais on ne change pas de vie si facilement et, de masque en masque, les amants devront accepter d'abandonner tous leurs repères afin de mériter d'être réunis.
Intrigue, technique, interprétation, j'ai tout aimé dans ce film sauf une chose : la prononciation parfois indistincte des acteurs. Heureusement que, depuis 1973, on a fait bien pire en ce domaine... Notons enfin en bonus, la bande-annonce du film, apport dont on pourrait croire qu'il est sans intérêt, et pourtant aussi surprenant que le reste. Encore une fois, bravo et merci M. Lelouch, même si c'est avec un peu de retard.