Dans ce livre qui rassemble les articles écrits pour le Nouvel Observateur pendant quarante ans, l'auteur dit avoir trouvé « un classement qui fait surgir sinon une cohérence - ce serait trop beau - mais au moins une constance ? À relire ces textes, avoue-t-elle, j'ai parfois le sentiment que les cartes ont beau avoir été battues par les rencontres de la production littéraire et jetées en vrac sur le parquet comme dans le poème d'Aragon, un génie facétieux s'est employé à me distribuer toujours la même donne. Il suffit de quelques années pour que s'établisse dans un journal la conviction que tel sujet n'est pas pour vous, tandis que tel autre vous revient de droit. Ainsi s'explique, parmi les articles concernés à la France, le privilège accordé à la Bretagne, et parmi les auteurs étrangers, à Henry James : une aeuvre et une terre que j'ai plus que d'autres fréquentées. Tout dépendants qu'ils aient été de la circonstance éditoriale, ces articles ont quelque chose à dire de mes attaches et de mes goûts profonds. Je n'ai pas de peine à retrouver en eux les voix que je préfère, ensoleillées et paisibles comme celles de Larbaud, consolantes comme celle de George Sand ... ».
Ce classement, pour guider le lecteur, le voici :
I. Une patrie littéraire ;
II. Une liasse de lettres ;
III. Voix d'ailleurs ;
IV. Portraits de femmes ;
V. Tableaux de la France et des Français ;
VI. Lumières, Révolution, République ;
VII. Parmi les historiens.
Les vues sur 1789 sont celles de l'historienne et de la philosophe qu'elle est : « Dans la Révolution française, comme dans l'engagement militant, déclare-t-elle, l'allégresse des premiers jours se mue en peur, puis en épouvante ; dans l'une comme dans l'autre, on s'évertue à camoufler cet écart vertigineux. Tantôt on invoque la citadelle assiégée et les formidables ennemis qui rendent nécessaire le recours à la terreur. Tantôt on use libéralement de l'oxymore : pour faire advenir la société réconciliée, le bonheur et la paix enfin établis sur la terre, et les cuisinières dirigeant l'État, force est bien, disent les bons apôtres, de recourir au despotisme de la liberté. Dont ils jurent, aujourd'hui comme alors, qu'il sera temporaire, mais nous savons désormais combien ce temporaire volontiers s'éternise ».