La vague de froid qui déferle depuis un certain temps sur le rayon "polar" de nos librairies en France vivifie indéniablement le genre, avec sa brassée de nouveaux auteurs talentueux et prometteurs, à la prose couleur d'encre. Cette fraîcheur nouvelle qui nous vient du Nord de l'Europe dresse toute une série de tableaux de la société d'une noirceur profonde et implacable. A vrai dire, cette nouvelle couche de peinture bien sombre et poisseuse tombe à point pour redonner un peu de couleur à nos étagères parfois encombrées par un flot de pseudo-thrillers bien pâles, formatés et sans saveur, comme l'Amérique peut en produire à la chaîne.
Avec "La cité des jarres", Arnaldur Indridason s'impose dès son premier roman comme le Henning Mankell islandais, et son inspecteur Erlendur Sveinssen possède d' ores et déjà la carrure et le charisme d' un Kurt Wallander, mais en plus sombre encore.
La cinquantaine usée par une vie privée solitaire et ravagée par son divorce et la toxicomanie de ses deux enfants, Erlendur patauge dans la fange durant ses longues journées de travail et sa détermination à mener à bien chacune de ses enquêtes lui fait briser le vernis trop lisse d' une société rongée de l' intérieur, et remuer un passé nauséabond et lourds de secrets que beaucoup, victimes comme bourreaux, auraient préférés laisser enfouis... Pourtant, la vérité, aussi horrible soit-elle, Erlendur parviendra à la déterrer au terme d' une enquête qui ne laissera personne indemne, lui le premier qui se croyait pourtant jusque là protégé par la carapace de flic qu'il avait due se forger...
Tous les fans de Mankell, entre autres, tomberont certainement accros aux polars d' Indridason dès ce premier volet. Quelques autres, comme moi par exemple, regretteront peut-être le rythme parfois un peu trop lent qui les caractérise.