Quand je suis tombé sur ce livre (par hasard il y a longtemps), j'ai d'abord cru qu'on m'avait sondé l'âme pour me présenter la chose la plus plaisante que l'informaticien que je suis aurait aimé lire (écrire ?).
Voilà enfin un auteur qui aborde le sujet assez controversé de l'existence de l'âme supratemporelle et métaspatiale. Si la téléportation (pourtant présente chez de nombreux auteurs "croyants") avait déjà fait réfléchir à la question, Egan nous pousse plus loin en ne téléportant qu'à moitié : on ne redevient pas matériel à l'autre bout, on reste sur support informatique ... et, le logiciel nous anime "à la manière de la physique" ... on devient donc "virtuel". Ce coup de force informatique permet de concevoir (au prix fort, certes) une intelligence qui n'a rien d'artificiel tout en étant virtuelle. On économise le démélage du spaghetti cérébral.
A défaut de "qui suis-je ?", il pose donc la question du "où suis-je" (ou, plus exactement, du "où continue-je" ?)
De nombreux passages sont jubilatoires.
Malheureusement, le mysticisme fait son retour en force avec l'idée que tout univers doit forcément avoir un sens, et qu'un Dieu (ou un auteur) existe par métonymie. Pincé également par une sorte de justification hard-science d'une tendance solipsiste, je me suis réveillé sur la fin avec la prise de conscience que les lois de ce rève sortaient de ma conception.
La fin me parait un peu dogmatique.
Les nouveaux livres de Greg Egan extrapolent souvent des questions présentées dans l'ouvrage précédent. Celui-là est un peu le début à tout.
A noter que Gérard Klein retourne enfin un peu sa veste dans cette préface (on l'a déjà vu plus sceptique vis à vis du potentiel "sentimental" des ordinateurs).