"La colline des hommes perdus - The Hill" est un drame militaire psychologique (G.B.) de Sidney Lumet (1964-2h03). Sortit en 1965.Scénario : Ray Rigby (d'après le pièce de théâtre de Ray Rigby et R.S. Allen). Photographie : en noir et blanc de Oswald Morris / Montage : Thelma Connell/ Film tourné en Espagne.
Casting : Sean Connery (Joe Roberts), Harry Andrews (Adjudant-chef Bert Wilson), Ian Bannen (Sergent Charlie Harris), Alfred Lynch (George Stevens), Ossie Davis (Jacko King), Roy Kinnear (Monty Bartlett), Jack Watson (Jock McGrath), Ian Hendry (Sergent Williams), Michael Redgrave (Capitaine-médecin), Norman Bird (Commandant du secteur), Neil McCarthy (Burton), Howard Goorney (Walters), Tony Caunter (Martin)...
Synopsis : Un camp disciplinaire britannique, durant la Seconde Guerre mondiale, en plein désert est spécialement aménagé pour recevoir les soldats indisciplinés et punis. Au milieu du camp trône une colline artificielle construite par les prisonniers, eux-mêmes, qui doivent la gravir et la redescendre, en plein soleil, chargé d'un lourd sac à dos, avec, pour ultime cruauté, un masque à gaz pour respirer. Le personnel militaire chargé de la rééducation se comporte en bourreau...
Sidney Lumet (1924-2011) a écrit un livre de souvenirs de mises en scène : "
Making Movies". Après avoir réalisé bon nombre d'épisodes et de téléfilms pour le petit écran, il met en scène son premier film de cinéma en 1957, "
12 Hommes en colère". C'est un coup de maitre qui va le propulser sur le devant de la scène. Il fera, également, parler de lui avec des films comme "
Serpico", "
Equus [Import anglais]", "
Network, main basse sur la télévision"... etc. Il tournera encore quatre films avec Sean Connery : "Le dossier Anderson", "
The Offence [Import anglais]", "
Le Crime de l'Orient Express", "
Family Business".
Catalogué cinéaste de la critique sociale, l'ensemble de son oeuvre se fera avec des thèmes liés à la société américaine, à la télévision, à la justice, l'alcoolisme, le racisme. Sidney Lumet a 40 ans lors du tournage de "La colline des hommes perdus". Il s'attaque dans ce sujet à l'institution militaire sur ce qu'elle a de plus secret, les bagnes de l'armée, durant la seconde guerre mondiale. Tous les, tires au flan, les réfractaires, les fortes têtes, les déserteurs repris, les soldats refusant d'obéir, sont envoyés dans ce type de camp pour y être mâtés. Dans ce film, il s'agit d'un camp disciplinaire britannique, quelque part en Afrique du Nord. Sidney Lumet montre sa parfaite maîtrise de la direction d'acteurs. Sean Connery, en sous-off rebelle, trouve là l'un des plus beaux rôles de sa carrière. Le réalisateur va s'employer à porter ses caméras au plus près de l'action, allant jusqu'à la mettre, à la place des yeux du soldat, pour avoir une vision à travers le masque et en enregistrant le souffle court de celui qui peine dans l'effort. Images d'un réalisme saisissant.
Le traitement du film est axé sur la condition disciplinaire des hommes qui sont envoyés, dans ces bagnes, pour être rééduqués de force, par un traitement approprié et appliqué par des militaires gardes chiourmes. Les gardiens doivent mettre en pratique une forme de commandement de contrainte basée sur les ordres hurlés en permanence pour abrutir et ôter toutes possibilités de réfléchir. Les ordres ainsi hurlés provoquent les réflexes d'obéissance et l'on peut voir ses effets dans des films sur l'entraînement des Marines américains. Dans "La colline des hommes perdus - The Hill" les prisonniers vont avoir affaire à des sous-officiers sadiques et cruels. La fameuse colline, monticule de sable, est là pour casser la résistance tant physique que morale des hommes. Monter et descendre, des dizaines de fois, chargé d'un lourd paquetage, sous un soleil de plomb, brise toute envie de faire le mariole. Comme le leur dise les geôliers : "vous allez regretter de ne pas être au front car votre vie dans ce camp sera bien plus dure, ce sera l'enfer". D'ailleurs si l'enfer existe il doit ressembler à ce camp que Sidney Lumet a filmé en noir et blanc (belles images de Oswald Morris), sans concession ni effets spéciaux, avec la souffrance et la crainte palpables, les humiliations, les coups et les brimades pour les prisonniers. Le sadisme, la cruauté, voire la lâcheté pour les gardiens. Tout dans ce film concoure à rester sur le sujet dont on ne sort pas indemne. Même la bande son ne contient pas de musique pour conserver cette impression de souffrance étouffante.
Il existe bien un DVD Zone 1, avec une bande son française, mais il ne semble plus être proposé à la vente.
Conclusion : Un film terriblement dur et efficace, qui dévoile les méthodes inhumaines des bagnes militaires pendant la guerre, où la vie ne tient qu'à un fil : cédez ou cassez... Un grand film qui est déconseillé aux âmes sensibles.