Présentation de l'éditeur
Qui ne redouterait un retour aux XIVe et XVe siècles ? Les ravages de la famine et de la peste y autorisent les pires violences, un luxe outrancier y côtoie une misère sans remède. Dans cet univers de l'excès, la fragilité de l'existence exacerbe la quête du plaisir et stimule les manifestations les plus éclatantes de la foi. Bientôt surgissent en Italie, puis à travers l'Europe, des ateliers où les artisans offrent ces cose miracolose qui apaisent les âmes tourmentées, avant de les séduire. Commence alors la conquête des esprits par la peinture, qui peu à peu leur ouvrira le chemin de la liberté. De l'enluminure à la fresque, du tableau de dévotion privée au vaste polyptyque, la peinture envahit alcôves et chapelles. Jacques Gagliardi nous invite à pénétrer l'obscurité des églises et des palais, des couvents et des châteaux où, durant plus de deux siècles, se sont accumulés les prodiges d'un art où la subtilité le dispute au sublime, l'énergie à la délicatesse. L'Europe des ateliers, succédant à celle des cathédrales, rivalise de raffinement et d'imagination, au cur d'une histoire qui se bâtit à coups de catastrophes et de miracles. Dans " l'odeur du sang et le parfum des roses ", comme le dit Huizinga, la beauté s'épanouit au bord des charniers. Tel est le cadre historique de cet ouvrage où, page après page, on découvrira l'émergence d'une vision nouvelle de l'activité picturale. Particularismes régionaux et décalages temporels sont mis en évidence, et la multiplicité des séquences stylistiques fait apparaître des dizaines de peintres connus des seuls spécialistes, aux côtés des plus glorieux : Giotto, Fouquet, Van Eyck ou Piero della Francesca. S'appuyant sur les recherches les plus récentes de l'historiographie, La Conquête de la peinture nous est ici restituée avec autant de précision que de passion. Plus d'un millier de reproductions illustre cette synthèse critique d'une ampleur exceptionnelle.