Dans La Création du monde, écrit entre 1937 et 1981, le poète, dramaturge, essayiste, ou médecin portugais Miguel Torga (de son vrai nom Adolfo Correia Rocha) se dévoile, et se donne lui-même à lire. L'oeuvre apparait comme un mémorial autobiographique où la créature narrativise son statut de créateur, créateur de son propre monde. Un monde de souffrance, marqué par le régime salazariste, et la pauvreté. L'auteur engagé dénonce par ailleurs le régime politique de l'époque, et l'ouvrage restera interdit pendant près de trente ans.
Face à ses souffrances, Torga semble guérir ses maux par les mots. A l'instar de ses parents, de braves paysans, Torga est un être tellurique, mais qui travaille la page.
Pourtant, au bout de près de six cents pages autobiographiques, l'auteur nous apparait toujours comme un être ambivalent, contradictoire, à la fois angoissé et apaisé, mais surtout insaisissable. Un "noeud de contradictions", comme il le dit si bien lui-même dans son "Journal".
Et pourtant ces contradictions et angoisses vont être l'essence même de son inspiration, et vont construire toute l'oeuvre. La création littéraire devient alors le remède du médecin-écrivain.
La Création du monde en tant que création littéraire est également une création de soi. L'écriture chez Torga, vitale et nécessaire, aidera l'écrivain à se réaliser, et à découvrir son soi. Un soi qui, finalement semble aspirer ardemment à l'universel.