Michel Aglietta est professeur de sciences économiques à l'université Paris Ouest.
La nouvelle édition de "
La crise : Pourquoi on en est arrivé là ? Comment en sortir ?" est instructive, écrite dans un style didactique, ramassé. Si l'analyse n'est pas aussi approfondie que celle proposée par Nouriel Roubini ("
Crisis Economics: A Crash Course in the Future of Finance") ou celle d'un André Orléan ("
De l'euphorie à la panique : penser la crise financière"), elle a le mérite d'une certaine vulgarisation, cependant tempérée par des prises de position inexplicables.
Aglietta a raison d'écrire que "La crise a donc pour origine le surendettement parce que la régulation des revenus est distordue par le principe de la valeur actionnariale, lui-même détourné au profit d'une élite financière." (p.115)
Cependant, un peu plus de précision n'aurait pas nui, sur l'utilisation des termes "régulation" et "réglementation". L'auteur va de l'un à l'autre donnant l'impression de les confondre. Or la distinction sémantique est fondamentale. Avec Nouriel Roubini, André Orléan, il est nécessaire de réformer la réglementation financière et bancaire et non pas de réguler un système qui est totalement détraqué (à la manière d'un tâcheron alimentant la chaudière du Titanic quand ce dernier sombre, en se disant "plus ou moins de charbon ?").
Aglietta souligne pourtant :
"Il faut une approche globale pour maîtriser la dérive du crédit et contenir le cercle vicieux de la hausse simultanée du levier de dette et du prix des actifs." (p.91)
La question de fond se pose : qui mettra en oeuvre une telle politique de dimension internationale ? Est-elle bien commencée par Obama salué par l'auteur ?
Aglietta inquiète cependant, se faisant pro-chinois (sans le savoir ?) :
Quid de la nécessaire mise en oeuvre d'une politique industrielle dans nos sociétés occidentales ? Evoquer le profit que l'on peut tirer "de l'augmentation de l'épargne dans les pays développés pour transférer du capital et de la technologie dans le reste du monde afin d'y soutenir une croissance autocentrée" (p.118) me parait une contre-vérité que ne nierait pas la Chine (transférer nos technologies !). (p.118)