La mondialisation de la culture a été rendue possible par la libre-circulation des capitaux, des marchandises, des hommes. Complétant l'analyse de
L'Ere du vide : Essais sur l'individualisme contemporain sur le narcissisme résultante de l'individualisme de nos contemporains, Gilles Lipovetsky constate que l'hypercapitalisme en est l'un des responsables.
"Plus le libéralisme moderne - l'individu, le marché - gouvernent le monde démocratique et plus nous sommes désemparés devant son cours. Jamais nous n'avions eu accès à autant d'informations, jamais le savoir détaillé sur l'état du monde n'a été aussi grand et jamais le sentiment de compréhension d'ensemble de celui-ci n'a paru aussi fragile et confus. Nous voilà voués à une désorientation inédite, exceptionnelle en même temps que planétaire : tel est l'un des grands traits vécus de la culture-monde."
"Dans le cadre de l'existence luxuriante d'un monde qui promet le bonheur de satisfactions innombrables et toujours renouvelées, monte une immense désorientation individuelle et collective."
Les auteurs constatent également cette individualisation anxiolytique dans le management :
"(...) l'entreprise postfordienne a développé de nouvelles formes d'organisation qui, remettant en cause les hiérarchies et cloisonnements bureaucratiques de l'âge taylorien, sont centrées sur l'autonomie et la responsabilité individuelles, l'implication subjective, la polyvalence, la réactivité, l'initiative. (...) Parce que les collectifs de travail ont éclaté, l'individu porte de plus en plus seul le poids de sa propre situation sociale et professionnelle."
Les dérives de la culture-monde s'expriment dans le marché de l'art.
"Désormais, ce qui est marchand tend à se positionner et être reconnu comme oeuvre culturelle."
A l'heure où la publicité même se ferait passer pour de la création artistique, où la reconnaissance de la qualité de l'artiste, vivant, se mesure au fric qu'il dégage lors de la vente de ses "oeuvres", et à sa "célébrité" le citoyen doit défendre les vertus de la culture.
"Tandis que la culture se fixait pour but d'élever l'homme, de porter le genre humain plus haut et de façonner plus droit, la culture de masse tourne radicalement le dos à cet idéal de perfectionnement au nom de l'hédonisme individualiste et du divertissement généralisé."
La planète ne va pourtant pas vers une homogénéisation car les individualités-nations apportent leurs lots de différentiations à l'image de McDonald's et de ses spécialités par pays. Nous sommes entrés dans l'ère de la "glocalisation" par différence à la "globalisation".
La solution de la sortie de notre crise identitaire passe par l'affirmation de la nécessité de la culture :
"Dans le monde désorienté de l'hypercapitalisme, la culture doit être vue comme l'outil privilégié qui rend possible la progression et le dépassement de soi, l'ouverture aux autres, l'accès à une vie moins unilatérale que celle de l'acheteur."
Ouvrage intéressant.