De la délicatesse, il va en falloir pour ne froisser personne. Car ce livre doit certainement avoir une résonance particulière chez beaucoup de ses lecteurs, puisque les avis sont globalement très positifs.
Je respecte ces avis bien entendu, mais j'avoue être passé à côté du livre et ne pas comprendre comment on peut écrire encore de la sorte, avec autant de fausse audace et de lourdeur. Je n'adhère pas à ce parti pris consistant à rechercher l'originalité à tout prix et l'absurde chic. Ce livre m'a hérissé le poil avec ce style d'adolescent un peu niais.
Quelques exemples de passages que je trouve désolants :
- "Il avait pris son courage à deux mains et il aurait même aimé en avoir quatre".
- "Pour entrer chez soi, il ne faut jamais faire demi-tour".
- "Depuis qu'elle avait pris ses nouvelles fonctions, elle s'était acheté trois paires de chaussures".
- Il n'y avait rien à dire. Ce baiser était comme de l''art moderne".
- "Il serait, coûte que coûte, le premier secrétaire de sa vie" ;
.... Et un des sommets de cette compilation : "Il voulait se mettre sur son 31. Il aurait même voulu se mettre au moins sur son 47, ou sur son 112"...!!
Pour bien enfoncer le clou, l'auteur insère entre chaque chapitre, une liste qu'il doit juger profonde ou drôlatique : un code d'entrée d'immeuble, des aphorismes de Cioran ou la réflexion d'un philosophe polonais...Il y a même la liste des albums que Lennon aurait composés s'il n'était pas mort ! (d'autant plus que s'il n'était pas mort, il serait surpris d'apprendre qu'il a composé "Here, There and Everywhere" comme le suggère Foenkinos).
Je reste soufflé devant tant de bêtise/mignardise. La vision d'un Foenkinos, petit m'as-tu-vu quand j'écris, ravi de se faire plaisir en écrivant de telles fadaises ne m'a pas quitté.
Ce qui est dommage, c'est que toute cette afféterie gâche les rares bons moments d'une histoire qui aurait pu être prenante. Il y a même quelques belles trouvailles : "...serrant des mains en espérant serrer des cous" par exemple ou le passage sur le choc créé par la vision triste d'un éphéméride arrêté à la date d'un évènement tragique..
Quelqu'un a listé ici les 10 prix littéraires obtenus par ce livre. je me permets de les reprendre :
- Prix Conversation ;
- Prix des Dunes ;
- Prix du 7ème Art ;
- Prix des Ecrivains du Vent 2010 ; (du vent ?! Tu m''étonnes !)
- Prix des Lecteurs du Télégramme (télégramme ? Ah, si seulement');
- Prix Jean-Pierre Coudurier ;
- Prix Orange ;
- Prix Gaël Club ;
- Prix Fnac Riviera ;
- Prix littéraire des Lycéens du Liban.
Cette énumération est édifiante.
Où sont donc passés les prix du Cercle des fats germano-pratins, celui des lecteurs de la semaine de Suzette en Gaspésie orientale, celui de la fondation des ortophonistes nains du pays de Galles ou le Prix de ce qui n'est plus à prendre ?
Bien sûr, il est facile de se moquer du caractère confidentiel de ces distinctions, mises en avant par l'éditeur pour que le nom soit bien côté.
Mais en tout cas, ce roman confirme selon moi, qu'on peut avoir beaucoup de prix et ne pas valoir grand chose.