Philippe Burrin est un historien spécialiste de l'antisémitisme, du fascisme, de la haine raciale nazie. En 1986, cet ouvrage est publié ; il lève un véritable vent de colère dans la gauche française, attise la violence à l'extrême droite. Pourquoi ? Parce qu'il est, à ma connaissance, le premier historien, à exposer que la gauche française fut bien représentée dans la collaboration nazie. Contrairement à ce que véhicula une certaine propagande, les collaborationnistes, qui post-guerre se retrouvaient dans l'extrême droite, provenaient majoritairement, non de l'extrême droite d'avant guerre, mais des différents mouvements et partis de gauche. Simon Epstein développera ultérieurement plus avant cette recherche dans le remarquable ouvrage d'Histoire, "
Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance".
Précisions préalables :
1/ la collaboration en France ne concerna qu'une minorité de Français - comme à l'opposé, hélas, la Résistance,
2/ le parti communiste, après la rupture du pacte germano-soviétique, s'engagea massivement dans la Résistance (FTP),
3/ Nombreuses personnalités de gauche combattirent aux côtés de celles de la droite dite extrême, dans la France Libre et la Résistance. Par exemple, Jean Moulin était un radical de gauche, Gaston Defferre était socialiste.
Au travers de trois portraits, Philippe Burrin retrace les évolutions de mouvements de gauche, la radicalisation de pensée de certains de ses éléments actifs :
- Déat, ancien de la SFIO (Parti Socialiste), élève du philosophe Alain qui - lecteur admiratif de "Mein Kampf" après la défaite en juillet 1940 - l'accompagnera jusqu'au bout dans son engagement collaborationniste avec l'ennemi, professeur de philosophie à Louis Le Grand - Déat est l'inventeur du terme "collaborationniste";
- Bergery, le radical de gauche, avocat, qui en mars 1939, trouvait en Hitler, un homme "brutal, mais loyal" (p.304);
- Doriot, le responsable communiste du recrutement de la jeunesse, qui eut le privilège de rencontrer Staline à Moscou, représentera l'expression la plus "épurée" du fascisme à la française, créant la LVF, combattant sur le Front Russe, le fondateur et dirigeant du PPF, concurrent de la Milice de Darnand, fanatique de l'hitlérisme.
Ces trois personnages illustrent des visages divers d'une honteuse collaboration. Tous, avant guerre, étaient des pacifistes "luttant pour la paix, l'hostilité envers tout réarmement et toute politique d'alliances antagonistes, ainsi que pour la défense et l'extension des libertés démocratiques". (p.116).
Le lecteur est saisi par les dérives de ces infâmes personnages, aux frustrations croissantes, se réfugiant sous l'ombre protectrice d'un Hitler idéalisé, portrait aussi faux que le sens de leur combat.
"Ils divisèrent la nation au lieu de la rassembler, se séparèrent d'elle au lieu de la représenter, enfin, loin de la redresser, mirent son abaissement au principe de leur action. De sorte qu'apparaît la paradoxale situation du fascisme en France, et sa profonde difficulté d'être : ceux qui cherchèrent la régénération de la nation à travers le façonnement totalitaire le firent dans la soumission, celui qui voulut inflexiblement la grandeur de la France [De Gaulle] ne fut pas un fasciste"(p.499)