Ce film est à apprécier au moins sous deux angles très différents: la psychologie d'une jeune femme qui se prostitue, et la sociologie du milieu interlope qui gère le plus vieux métier du monde.
Le succès est total dans l'une et l'autre de ces peintures.
La première évite de tomber dans l'écueil si fréquent du misérabilisme: l'héroïne est loin d'être une pauvre victime contrainte dès le départ à quelque chose qui lui ferait horreur. D'abord, entre deux choix sentimentaux qui lui sont proposés - le jeune homme "normal" et le souteneur - elle opte allègrement pour le second. Ensuite, elle rentre sans réticence dans le métier, où elle se révèle plutôt douée, aussi bien dans l'art d'accueillir en elle de parfaits inconnus sans dégoût excessif que dans celui de faire efficacement cracher au bassinet ces derniers. Ce n'est que progressivement qu'elle prendra ce quotidien en haine, apparemment davantage du fait de la dureté des caïds du trottoir que de la fréquentation des clients.
La seconde peinture, outre des aspects connus de la profession (notamment la nécessité de racheter très cher la liberté qu'on veut reprendre) nous fait vivre les luttes sans douceur que se livrent les gangs rivaux pour le contrôle des filles, ainsi que le plus pacifique partage, implicite, des profits de ce commerce entre les taulières et les proxénètes. C'est un portrait sans complaisance des zones de non-droit dans la très prospère, très démocratique et très droit-de-l'hommiste France des années 70.
Vous avez là à la fois un film parfait et un documentaire parfait: l'agrément du premier (un rythme alerte, et le jeu parfait de Miou-Miou et de Maria Schneider) et le sérieux du second (sans les longueurs et sans le commentaire en voix off, grandiloquent et moralisateur, habituels du genre).