"La Dernière Chanson de Sirit Byar" est un recueil de trois nouvelles de Peter S. Beagle, sans rapport les unes avec les autres, et situées dans le monde de son roman
The Innkeeper's Song. Si l'édition américaine de
Giant Bones est constituée de six textes, l'édition française a été découpée en deux ouvrages - de 180 pages seulement, le second volume étant intitulé
le Magicien de Karakosk - qui regroupent chacun trois titres, dans un ordre différent de celui de l'édition américaine. C'est très mesquin. Ajoutons à cela que la traduction des nouvelles a été partagée entre deux traductrices dont le niveau n'est pas équivalent. Attention aux faux-amis chez Brigitte Mariot : "actually" ne veut pas dire "actuellement", quant au "minions", ce sont des "sbires" et pas des "mignons" (un peu trop connoté sexuellement en français). On finit un peu par se demander où l'on avait la tête chez Présence du Futur, au moment de lancer cette parution française.
Qu'en est-il des textes, maintenant ? Eh bien ils se ressemblent d'abord beaucoup dans la forme. Dans "Le Récit de Choushi-wai", le narrateur nous invite à écouter la relation des aventures de Tai-Sharm. Le lecteur est l'interlocuteur direct du directeur de troupe dans "L'Histoire Tragique des comédiens du Jiril". Et dans "La Dernière Chanson de Sirit Byar", c'est dans la peau d'un scribe de marché que l'on se retrouve propulsé. Un procédé commun de mise en abîme, donc, qui fait du lecteur de la nouvelle l'auditeur du récit des événements. Si le procédé est original, on finit par s'en lasser au bout de la troisième occurrence, d'autant plus que dans les deux derniers textes, on a vraiment l'impression de n'avoir à portée du regard que la moitié de la conversation. Si ça ne gène pas la compréhension de l'histoire, ça finit par être éprouvant - comme si, en fait, on assistait à une conversation téléphonique au cinéma.
Les deux premiers textes, à leur manière, résonnent comme des contes. Le premier ministre qui s'en va chercher une épouse pour son roi dans la pire des campagnes, les poissons doués de langage, la mère bien plus maline qu'il n'y paraît, le Voleur parfait, sont autant d'éléments empruntés au folklore et aux légendes. Il en va de même des enfants du Jiril caricaturaux, qui s'en viennent chacun à leur tour exiger le même service du directeur de scène. Cette fois, on y retrouve également des accents de comédie à la Molière. Le troisième texte, lui, est plutôt un classique récit d'initiation, dans lequel l'élève finit par permettre au maître d'accomplir ce à quoi il ne pouvait se résoudre par lui-même.
Si on fait abstraction du procédé de narration un peu répétitif évoqué plus haut, voilà trois nouvelles de bonne facture, amusantes ou tragiques, de jolies histoires qui, si elles ne révolutionnent rien, se laissent lire avec plaisir. On n'ira pas jusqu'à acheter le second volume de l'édition française, mais on regrettera tout de même que les trois autres textes du recueil ne soient pas immédiatement disponibles à la suite du premier.