Anna et Paula sont deux soeurs que deux petites années séparent. C'est Paula, la plus jeune des deux (14 ans), qui nous raconte l'histoire.
Tout commence à la mort de son grand-père, âgé, aphasique, euthanasié par sa grande soeur, à la demande de ce dernier.
Retour en arrière : Anna et Paula, alors respectivement âgées de 8 et 6 ans, jouaient à la poupée quand Paula a basculé. Anna a perdu l'équilibre. Toutes deux ont chuté dans l'escalier. Si Paula s'en est tirée avec une vilaine bosse, Anna est restée handicapée, aphasique, ne pouvant que très peu s'exprimer verbalement. Après l'accident, leur mère a tout arrêté pour se consacrer à la rééducation de sa fille.
Paula souffre beaucoup de ne plus se sentir exister pour sa mère, tout ne tourne qu'autour d'Anna, son quotidien, sa différence. Mais quand il s'agit d'éviter à Anna d'aller en centre psychiatrique pour calmer le jeu du côté de l'enquête sur l'euthanasie du grand-père, Paula, qui a appris avec le temps à comprendre le fonctionnement de sa grande soeur, se fait passer pour elle.
Et ce sont là les pages les plus troublantes du roman. Cet univers psychiatrique que l'auteur décrit à merveille, empreint d'humanité incomprise. Paula ressortira transformée de cette expérience.
Roman sur le handicap, la différence, la vie qui continue, le sentiment d'abandon d'une petite fille par sa mère que la soeur différente accapare, la culpabilité d'être à l'origine de l'accident, et puis dans tout cela, des préoccupations bien légères d'adolescentes râleuses et du positif : les garçons, le premier amour, les profs, les cours, Anna qui réussit à vivre seule, sortir, travailler...
Vraiment, un roman touchant sur un sujet pas si courant, et bien cerné, humainement et respectueusement décrit par son auteur. Un univers que l'auteur a approché en travaillant comme ergothérapeute dans une institution psychiatrique, avant d'écrire et d'animer des ateliers d'écriture.