Il suffit de lire certains commentaires très récents et aussi virulents qu' insultants sur les livres de Paul Brighelli pour comprendre qu'il dérange «l' intelligentsia » (ou plutôt la tartuffentsia) pédagogico-pseudo intellectuelle, idéaliste et souvent politisée qui, bien terrée dans sa tour d'ivoire technocratique, ne voit pas(ou feint de ne pas voir) l'eau qui inonde la rase-campagne qui l'environne ni s'agiter désespérément les troupes enlisées dans la fange qu'elle y a abandonnées depuis longtemps.
Il faut dire qu'ils ont eux-même tout fait pour le quitter, ce terrain, puisqu'ils occupent maintenant des postes de conseillers pédagogiques, de PIUMF ou d'inspecteur, certains parfois après seulement quelques années de service en tant qu'enseignant, et encore, parfois dans des institutions qui n'offrent qu'une réalité très différente du quotidien des classes ordinaires, ce qui ne leur a permis de n'avoir qu'une expérience somme toute très limitée, mais quelle importance? Ils ont su adopter habilement le langage abscons en vogue, l'idiolecte des IUFM et citer quelques auteurs pédagogiquement corrects du cru, beaucoup de zèle saupoudré par dessus, encore un zeste de réseau relationnel et les voilà considérés par leur hiérarchie, friande d'esbroufe pédagogique, comme enseignants d'élite donc nommés formateurs! (car dans l'Education Nationale, les « meilleurs » sont placés, à leur grand soulagement, loin du terrain ( dont la réalité les mettrait dangereusement en porte-à-faux) .
Ils ne vont donc pas dénigrer le verbiage qu'ils ont adopté à ces fins et qui les fait vivre, car leur fonction consiste à veiller à ce que ce discours révélé (car venant d'en haut) soit entendu et appliqué, quelques soient les réalités qu'ils balaient d'un revers de main méprisant.
Leur égo surdimensionné, leurs certitudes abstraites et leur carriérisme les poussent donc à nier les réalités les plus criantes (il faut dire qu'ils ne les côtoient que de loin) du rapport Obin, de l'étude PISA, du rapport PIRLS réalisé par l'AIE en 2006, par exemple (sont-ce là les résultats des « progrès des sciences de l'éducation » qui font que le « savoir des élèves s'élève »? ).
Evoquer « la mauvaise foi » de Brighelli relève donc soit du contre sens, soit de...la mauvaise foi caractérisée. Dire qu'il « cherche à promouvoir ...le retour à l'élitisme du bourrage des crânes au bénéfice d'une classe sociale, le retour à l'obscurantisme qui empêche l'esprit critique » relève du contre sens complet (ou alors peut-être n'avons nous pas lu le même livre?) car l'auteur, au contraire, est le premier à regretter que l'école n'apprenne plus à des élèves, qui seraient plus demandeurs si on leur en proposait et demandait davantage au lieu de les niveler par le bas et de leur servir un discours et un programme démagogiques, l'étude notamment de la littérature qui justement est, selon lui, un moyen privilégié d'ouvrir l'esprit et d'y faire éclore l'esprit critique (celui-là même que les conseillers pédagogiques ou inspecteurs éradiquent parmi leurs troupes et dont eux-mêmes, en bon petits caporaux de la pédagogie du jour, ne semblent pas beaucoup munis, d'ailleurs : le simple fait qu'ils aient tous le même discours le montre bien. Comment sur des question de « sciences humaines » que sont les sciences de l'éducation peut-on être aussi unanimement d'accord que le sont des mathématiciens sur un théorème? ).
Loin de démonter « l'Ecole Républicaine », il la défend au contraire en regrettant que les différentes tendances au pouvoir depuis plusieurs décennies n'autorisent toujours pas ou pas assez aux enfants issus des classes moyennes ou « populaires » d'accéder à un niveau social et culturel supérieur à celui dont ils sont issus (voir Les oubliés de l'école de l'observatoire à l'enfance sur le sujet et le passage sur l'influence du « réseau relationnel » des parents ), la gauche s'empêtrant dans ses délires philosophico-marxisto-pédagogico-liberto-pseudo progressistes, posant comme postulat que tout ce qui s'est fait avant est forcément à annihiler, et qui n'aboutissent qu'à un joyeux marasme en termes d'efficacité; et la droite qui ne cherche surtout pas à le faire ni à contrecarrer l'échec de la gauche en la matière, ceci afin d'avoir une population coupée de sa culture (littéraire notamment), dotée d'un esprit critique limité et donc manipulable à souhait, dotée de quelques notions scolaires de base nécessaires à en autoriser l'embauche dans des petits emplois polyvalents, main d'oeuvre facile, docile et bon marché, en somme.
Les rejetons de ces élites d'ailleurs comme ces élites elles-mêmes l'on fait avant eux, précise l'auteur, n'ont cessé de fréquenter les lycées d'excellence, notamment parisiens, où la nouvelle pédagogie n'a jamais été de mise et où l'on continue à travailler « à l'ancienne » avec les résultats que l'on sait sans que personne parmi la « tartuffentsia » ne s'en offusque d'ailleurs.
D'où viennent alors « l'arrogance et la cuistrerie », et qui est « au service d'une démolition annoncée de l'Ecole républicaine»?