En 2007, paraissait un ouvrage remarqué de Yann Algan et Pierre Cahuc : La société de défiance, aux éditions Rue d'Ulm. Les auteurs y faisaient le constat, enquêtes à l'appui, d' un grand pessimisme de la société française et des jeunes en particulier, très supérieur à celui des autres pays et tentaient d'en déceler les raisons.
5 ans plus tard, avec l'aide d'André Zylberberg, les auteurs, économistes réputés, revisitent le thème et l'approfondissent dans une perspective plus large qui englobe le fonctionnement de l'école, des entreprises et de l'Etat-Providence en mettant à profit de nombreuses études parues depuis 2007.
C'est donc un ouvrage enrichi et retravaillé qu'ils nous proposent et qui va plus loin que le livre de 2007.
Le constat est celui d'une société refermée sur elle-même, peu coopérative, dans laquelle le degré de confiance dans les autres est limité, ce qui bride la croissance. Une société qui se défie des institutions et des autres, où l'insatisfaction domine.
Cette défiance n'a pas existé de tout temps. Elle s'est surtout développée à partir de la fin de la seconde guerre mondiale et semble remonter à l'entre deux guerres.
Cette défiance qui caractérise la société française semble liée selon les auteurs à de multiples facteurs : une méthode d'enseignement verticale alors que d'autres pays mettent l'accent sur des méthodes plus horizontales fondées sur l'échange et la coopération ; le culte de la méritocratie et de la hiérarchie qui se caractérise par une faible autonomie, le culte du diplôme, la reproduction sociale des élites. Tout le système éducatif dès le plus jeune âge semble avoir davantage pour objet de trier et de classer que de former et d'apprendre. Cette organisation sanctionne là où il faudrait encourager, fait redoubler (alors qu'il est avéré que les redoublements sont très peu efficients) et génère malaise et ennui des élèves.
Cette machine à trier se retrouve par la suite sur le marché du travail très rigide et segmenté à l'excès.
Le problème est que cette société de défiance génère beaucoup d'inefficience, d'incompréhension, de malaise social et handicape fortement la croissance.
Il est donc absolument indispensable de reconstruire une société de confiance. Celle-ci passe par une réforme de l'école, trop élitiste et hiérarchique en rétablissant une égalité des chances, en allégeant les programmes, en supprimant les notes et les classements jusqu'à un certain niveau d'enseignement, en pratiquant un enseignement plus horizontal et moins vertical.
Pour restaurer la confiance, il faut aussi restaurer l'exemplarité des pouvoirs publics en limitant le cumul des mandats, en luttant contre les conflits d'intérêt et en développant la transparence financière de la vie publique.
Il est incontestable que le livre de février 2012 est plus documenté et mieux argumenté que celui de 2007. En 180 pages, les auteurs parviennent à convaincre le lecteur de la justesse de leur constat.
Le seul reproche que l'on peut leur faire est que si le constat est bien dressé et documenté, les remèdes envisagés à la toute fin du livre demeurent un peu flous et trop peu développés.
L'action politique constitue un art éminemment difficile. Il conviendrait lors d'une prochaine édition d'expliciter les voies et moyens de la construction concrète de la société de confiance que les auteurs appellent de leurs voeux.