Loïc Blondiaux fait dans cet ouvrage issu de sa thèse d'Etat de la socio-histoire. C'est une véritable démystification du sondage d'opinion replacé dans sa dimension historique.
On suit en premier lieu la manière dont était appréhendé le concept d'opinion publique avant l'émergence des sondages d'opinion au milieu des années trente. Puis vient l'émergence progressive et cette relation singulière entre marketing et statistique. Le cas français avec Jean Stoezel et l'institutionnalisation de l'outil en milieu universitaire est bien sûr développé. Pour suivre l'utilisation actuelle, voir par exemple le Selz-Maillochon.
L'auteur est mesuré dans son propos et réussi à mon sens l'une des critiques les plus ravageuses du sondage d'opinion comme outil statistique (la scientificité de l'outil en prend un coup au passage). Il note par exemple que bien souvent, les sondeurs assimilent leurs détracteurs à des opposants à la démocratie faisant de leur activité un élément consubstantiel au jeu démocratique. Quelques années plus tard, il est amusant de lire dans le "Sondages, mode d'emploi" de Roland Cayrol un exemple typique de ce qu'analysait Blondiaux : là où il n'y a pas de démocratie, il n'y a pas de sondages d'opinion.
Un ouvrage majeur donc pour qui s'intéresse un tant soit peu aux sondages d'opinion.