Nous sommes en 1987. Un homme va à Constantine pour glaner des témoignages sur la ferme Améziane. Un mois plus tôt, il avait fait la rencontre d'un avocat qui y avait travaillé à Constantine jusqu'en 1956 et qui connaissait les agissements des nouveaux "locataires". Car on apprend que dans cette ferme, la famille Améziane elle même a été torturée et certains membres de cette famille ont été exécutés sans autre forme de procès avec d'autres victimes. On y découvre toute une litanie de sévisses d'une cruauté inimaginable.
A la fin du livre, on nous donne le "rapport sur la ferme Améziane" que Pierre Vidal-Naquet a écrit dans son livre "La raison d'Etat" publié dans un journal "vérité-liberté" en 1961. Une autre litanie de témoignages confondants censurés par le pouvoir.
Le livre s'achève avec l'annonce de la mort de Mouloud Azéziane en Inde (de mort naturelle) transféré à Constantine pour la veillée funèbre...à la ferme Azéziane.
Philosophie après lecture.
On se rend compte à la lecture de ce livre que le comportement des policiers, militaires, et autres tortionnaires n'a qu'un seul responsable: le commandement. Les chefs sont responsables d'où qu'ils viennent (Politique ou militaire). Responsable c'est coupable quoi qu'il arrive; victoire ou défaite.
On prétend qu'on ne fait pas l'histoire avec des si et des mais. Pourtant, ce livre-document doit nous interroger sur notre avenir. En terme clair, comment peut-on faire pour éviter de tels comportements?
- Il faut savoir que la tentation de la torture vient du fait que l'ennemi est invisible. Les allemands n'ont jamais torturé les français pendant le conflit car il y avait un front visible. Par contre après l'armistice les choses ont changées. Quand Henri Lafont, après deux jours et deux nuits de torture, parvient à faire parler Lambrecht, ses aveux ont permis l'arrestation de 600 résistants... Imaginez la surprise des allemands.
- L'armée doit former des militaires psychologues pour intervenir lors d'attaques de types FLN (avec mutilations choquantes de soldats). Quand on voit son copain de régiment en morceau, on devient fou.
- Ne jamais laisser un soldat témoin d'une scène violente seul avec un prisonnier auteur de la dite scène. La tentation est trop forte.
- Recouper les preuves et les témoignages pour pouvoir faire condamner le ou les rebelle(s) barbares pour crime de guerre. Il ne faut pas oublier que le FLN a imposé sa stratégie de violence à l'armée française qui n'a pas su imposer sa stratégie de "pacification". Les militaires de l'époque n'ont pas compris que les algériens de souche (je préfère ce terme plutôt qu'algériens musulmans), étaient situés entre deux types de violence: les militaires français et les fellaghas.
- Les politiques doivent encadrer les chefs militaires par une stratégie commune. Exemple: les américains ont su gagner la guerre en Irak, mais ils n'ont pas su gagner la paix. Ce qui entraine l'enlisement. Il faut être bon tacticien et bon stratège sinon la victoire ne marche-pas.
- Dernière chose, le racisme face à l'adversaire. Si on peut dire sans choquer: bougnoule, Niakoué, négro etc... Il ne faut pas s'étonner si l'adversaire n'a pas de respect pour la bravoure du vainqueur.
André