Quelle déception !
L'auteur fait un constat lucide et très général sur la perte de l'autorité dans les sociétés contemporaines, et on ne pourra qu'être d'accord avec lui sur ce point là.
Mais face à la désintégration de la société, à l'infantilisation et l'abrutissement croissant qu'entraine la perte de l'autorité et des valeurs qui l'entourent (vérité, courage, honneur, respect,...), Alain Renaut ne propose rien moins que de poursuivre la tendance à accorder toujours plus de droits et de "liberté" à l'individu. Il ne se demande même pas si cet individu à des devoirs à remplir envers la société, ou si la société aurait quelque chose à apprendre à cet individu. De devoirs, Alain Renaut n'en parle de toute façon pas dans son ouvrage, ni d'ailleurs de communautés, de but collectifs,... Pour lui en dehors des individus et de leurs droits rien ne semble exister. Il est bien évident qu'à ce compte là les individus seront de plus étrangés les un aux autres, ce qui ne risque pas de faciliter leur vie en société.
Par ailleurs l'Autorité, qu'il fustige tout au long de cet essai, n'est décrite que de manière caricaturale. Il l'a surnomme "la vieille autorité". Dans son esprit elle ne peut être assimilée qu'à la violence, au mensonge, et au désir d'humiliation et de domination !
On se serait attendu à ce que face aux problèmes graves qu'entrainent aujourd'hui la perte de toute autorité légitime Alain Renaut propose un retour (au moins partiel) à certaines formes anciennes d'autorité qui ont fait leur preuves depuis des siècles, tout en conservant certains acquis de notre modernité. Mais il ne semble pas connaître la notion de juste milieu. Pour lui c'est tout ou rien, dans ses analyses comme dans les solutions qu'il propose. Il souhaite pour chacun tous les droits et toutes les libertés, ou sinon c'est la barbarie qui l'emportera. Alain Renaut reste prisonnier de l'idéologie des droits, et ce malgré les quelques réserves qu'il émet sur ses propres propositions. Naviguant exclusivement dans le domaine des idées, son discours n'a aucun lien avec la réalité. On est d'ailleurs frappé à la lecture de cet ouvrage par le manque cruel d'exemples concrets. On reste toujours largement à la surface des choses.
Le plus inquiétant est que ce genre de personnage fait partie de ces intellectuels qui sont consultés par le pouvoir. En effet Alain Renaut a en autre chose travaillé pour une commission de réflexion sur l'avenir des personnels de l'Enseignement supérieur. On comprend mieux dès lors pourquoi l'école et l'université sont en pleine déliquescence.
A lire pour connaître le triste monde que l'on nous prépare.