Le travail de Jacques Sapir s'appuie sur un préjugé que les faits démentent allègrement : selon lui, l'Europe serait "néolibérale" et ne jurerait que par l'économie de marché.
Tout cela est infirmé par les chiffres révélant, par exemple, que les règlements au sein de l'UE ont triplé au cours des vingt dernières années, et que l'Europe prend une place de plus en plus prépondérante dans les vies des citoyens des 27. Rappelons, pour ne citer qu'elle, que la PAC, créature administrative et socialiste par excellence, avale un quart du budget de l'Union.
Partant de là, Jacques Sapir a (presque) tout faux. Le "non" français du 29 mai 2005, c'est celui d'un peuple opposé au réglementarisme forcené imposé par Bruxelles, à cette Europe qui mesure le diamètre des concombres avant de les envoyer sur le marché, tandis que les marchés annexes (Afrique, Amérique du Sud) peinent à s'imposer chez nous à cause du protectionnisme.
Comment Sapir peut-il parler de "concurrence libre et faussée" alors que les barrières douanières mises en place par l'Europe, au nom de la protection des agricultures locales, empêchent les marchés émergents de pénétrer le marché européen et ses 300 millions de consommateurs ? Comment peut-il expliquer, sur des pages entières, que les monopoles résultent forcément du marché libre, alors que les seuls véritables monopoles toujours en vigueur dans de nombreux pays (cf La Poste) subsistent par la seule force de la Loi ?
Le seul point sur lequel je donne raison à l'auteur (ce qui lui vaut une petite étoile d'appréciation), c'est sur le décalage persistant entre ce qu'il appelle "l'élite informée" et "le peuple" forcément ignare qui a voté dans le sens opposé à celui voulu par les eurocrates. Monsieur Sapir, le peuple n'est pas aussi con que vous pouvez l'écrire. Si les Français ont dit "non" à l'Europe, comme l'ont fait les Néerlandais et les Irlandais, c'est d'abord parce qu'ils ont été consultés directement et parce qu'ils n'ont pas envie de voir perdurer un système qui les prive encore, malgré tout ce que l'histoire a pu démontrer jusqu'ici, d'une partie de leur liberté.
La conclusion qui me vient, à la lecture de ce livre, tient en une seule phrase. L'auteur affirme que la Constitution européenne est un projet libéral ; l'auteur ne connaît rien au libéralisme.