Une juge d'instruction encore (relativement) jeune et en manque d'amour se saisit d'elle-même d'une affaire criminelle par goût, sans doute parce que sa charge de travail doit lui laisser beaucoup de temps libre, fait installer une écoute illégale chez un psy pour entendre les confidences de son ex, découvre que le psy soigne le criminel de "son" affaire, passe par hasard au moment où un incendie criminel se déclare dans le domicile d'un collègue, emprunte une tenue de pompier pour tenter de l'extraire des flammes (c'est normal, elle a fait un stage dans une caserne) sans y parvenir, mais sauve tout de même au passage le capitaine des pompiers, puis s'envole en free-lance pour l'Amérique du Sud afin de poursuivre le meurtrier, se transformant sans peine en Lara Croft aguerrie (c'est normal, elle a suivi une formation au maniement des armes à feu)' Tout ceci vous paraît invraisemblable ? Si vous en avez le courage, continuez ce livre plus loin, ça ne s'arrangera pas.
Même pas ici l'excuse du plus petit second degré, Grangé se prend très au sérieux, jusque dans son style pourtant ridicule. Exemples parmi tant d'autres : "ses grands yeux blancs et noirs, brillants comme des torches, constituaient un chemin vers une vérité, un trésor enfoui sous les roches noires de ses pommettes et de ses épaules soyeuses," et plus loin, (les rues) "étaient si rectilignes qu'elles faisaient penser à des flutes à becs" ! Même pour un livre de plage, c'est dur de supporter de la part de voisins de serviette le regard de pitié pour le lecteur de ce salmigondis. Dans le même contexte de vacances, l'excellent polar de Connelly, "l'Envol des Anges", révèle le gouffre séparant un auteur soucieux de réalisme et un pisseur d'encre irrespectueux de ses lecteurs.