Etudiante en criminologie et préparant les concours d'entrée dans la gendarmerie nationale, j'ai acheté cet ouvrage sur la recommandation de l'un de mes professeurs. Après lecture mon avis est assez mitigé.
Parmi les points forts de l'ouvrage:
- un livre écrit à partir d'un travail de terrain;
- des exemples tirés de situations réelles;
- une analyse poussée et justifiée par l'auteur, notamment s'agissant de la prise en compte de l'impact sur le travail des policiers de la politique du chiffre.
Néanmoins, ces éléments sont contrebalancés par un certain nombre de points faibles:
- le travail n'est basé que sur une expérience au sein d'une BAC, certes l'auteur explique pourquoi cela était le cas mais je regrette qu'il ait assimilé le comportement d'une brigade de police comme étant celui affiché par tous les policiers de France. Ce qui est d'ailleurs assez incompréhensible dès lors que l'auteur lui-même reconnaît que des policiers nouveaux venus dans cette BAC témoignaient d'expériences très différentes dans leurs brigades d'origine.
- l'auteur insiste sur le fait que la délinquance des biens, en particulier les cambriolages, est moins importante dans les quartiers défavorisés que dans les quartiers aisés et en tire comme conclusion (en ajoutant d'autres éléments) que les contrôles policiers dans les banlieues ne sont pas justifiés et que l'insécurité y est moins importante. Il y a là erreur d'analyse; a priori les cambriolages ont lieu là où il y a des objets de valeur à dérober donc dans les quartiers aisés plutôt que dans les autres...
- d'après M. Fassin, les jeunes de banlieue se comportent respectueusement devant la police qui est agresseur dans 99% des cas. Je ne rentrerai pas dans la multitude de témoignages indiquant le contraire et mentionnerait simplement un épisode où un frigo lancé du balcon d'un immeuble a défoncé le toit d'une voiture de police (vide heureusement)...
- enfin, l'une des remarques finales sur le commissaire qui avait lu Surveiller et Punir de Michel Foucault amenant l'auteur à s'émerveiller de ses qualités philosophiques. Je ferai simplement remarquer que les commissaires de police, comme les officiers de gendarmerie depuis 2012, sont recrutés à bac +5 et les officiers de police à bac+3... ce qui témoigne de quelques facultés intellectuelles surtout si l'on prend en compte le nombre de postulants par rapport aux postes ouverts (2500 candidats présents pour 33 places pour le concours d'officier de police de 2011).
En résumé, il y a un très bon travail de fond et un investissement certain de la part de l'auteur dans ses recherches. Malheureusement, cette excellente base est gâchée par des erreurs d'analyse importantes et des conclusions erronées sans que la source de celles-ci puisse être véritablement définie. Ce qui est d'autant plus dommage que le projet était prometteur et que les services de police bénéficieraient énormément d'un travail critique objectif fait de l'extérieur.