Une salle de restaurant comme tant d'autres, un des terrains de jeu favori de la fortune cette roue imprévisible du destin qui parfois se met à tricher en laissant à l'imprévu le soin d'arranger ses rencontres contre toute attente, presque contre nature.
Ici l'agression d'un serveur par un plouc made in America va mettre chaque témoin devant des réalités qu'ils avaient jusque là éludées. Cela pourrait suffire à faire un bon roman sur le croisement des destins chers à nos mauvais scénarii de cinéma mais l'auteur dépasse vite l'évident thème de la lâcheté, la suffisance, ou la condescendance, pour nous faire pénétrer au c½ur de son sujet, l'argent un maître exigeant.
Là où les ouvrages d'économie nous dressent des constats, le monde de Sila pénètre les arcanes d'une réalité où la nécessité sociale, la survie, la convoitise la cupidité, l'ignorance l'ivresse d'un pouvoir éphémère se chargent de pourvoir le Dieu argenté de fidèles adorateurs. En abordant la rapine organisée des richesses de l'empire soviétique par les plus malins , l'arnaque de l'immobilier américain aux émanations hautement cancérigènes mais sanctifiée par les organismes chargés justement d'éviter ce type de comportement, en côtoyant les requins affamés de la City, l'auteur nous annonce l'irrémédiable et fatale issue d'un monde où la maffia, les intérêts privés libérés de toutes contraintes légales, et les dents de jeunes loups envoyés en ligne de front d'un capitalisme effréné font désormais la loi laissant aux état exsangues et à la démocratie décorative le soin d'amuser la galerie.
Le monde appartient aux arnaqueurs aux voleurs. Ce sont eux qui toujours se sont emparés des richesses et qui ont produit ces monarchies arrogantes que vénèrent encore les lecteurs de la presse people.
C'est un monde en putréfaction que l'auteur nous présente, un navire surchargé, que les rats vont devoir abandonner à moins que la peste ne les rattrape avant qu'ils n'aient mis leurs réserves à l'abri.
Une histoire trop vraie et pour ceux qui seraient intéressés à en savoir plus sur le sujet je conseille de lire le dernier essai de Joseph. E. Siglitz prix Nobel d'économie,
Le triomphe de la cupiditéQuant à Sila la seule lumière sortie de ces ténèbres, qu'est-il devenu? Sans doute égaré avec la cinquième étoile.