"La Grosse Caisse", Alex Joffé, 1965, NB, bonne copie.
Louis Bourdin (Bourvil), poinçonneur à la station de métro du Quai de la Rapée, voit passer chaque soir "la rame à finances", contenant la recette du jour de la RATP, près de 600 millions en petites coupures. Cela lui donne l'idée d'écrire un roman policier racontant par le menu le hold-up de cette rame que le personnel du métropolitain appelle "la Grosse Caisse". Mais comme aucun éditeur ne veut publier son oeuvre, il décide d'en proposer l'idée à un gangster chevronné, histoire de prouver que son "Rapt à la RATP" est réalisable...
Alex Joffé, bon artisan du cinéma, sans génie, mais solide, a réalisé un film un peu lent, souvent répétitif au niveau des plans, mais agréable. Et s'il tient encore la route aujourd'hui, c'est grâce à l'originalité de son scénario, mais surtout grâce à un couple de comédiens hors-pair.
Par deux fois Joffé a réuni sur l'écran des couples improbables et irrésistibles. Bourvil et Michèle Morgan, dans ce qui est sans doute son chef-d'oeuvre : "Fortunat", couple impossible, extravagant à imaginer, et pourtant aussi crédible, aussi émouvant qu'un couple peut l'être. Et ici, mariage de la carpe et du lapin : Bourvil et Paul Meurisse, l'employé trouillard, médiocre et vaniteux, face au truand aristo, futile et méthodique, supérieurement dégénéré. Leur première rencontre dans l'appartement de Bourvil où Meurisse s'est introduit à son insu, doit rester anthologique pour tout amateur de comédie et de comédiens atypiques.
En somme, mieux qu'un bon film du dimanche après-midi, qui, outre l'atout de son couple-vedette, distille, sur un solide fonds de bonne-humeur, une nostalgie douce-amère, celle des dernières années du noir-et-blanc.