"La Ley del deseo" est le film le plus homosexuel d'Almodóvar, avant "La Mala Educación", qui en est le remake sophistiqué. Il semble que personne ne s'en soit aperçu - il faut dire que "La Loi du désir" est peu connu.
C'est injuste. Malgré les références constantes à Cocteau ("La Voix humaine"), Hopper (le bar de nuit), et bien d'autres, ce film reste avant tout l'histoire d'un amour dévorant et destructeur, celui d'un fan pour son idole, joués de façon charnelle par Antonio Banderas et Eusebio Poncela qui s'engagent corps et âme dans ce projet. Pablo, cinéaste gay à la gloire naissante, trouble et fascine le jeune et fougueux Antonio, qui croit encore être hétéro. Carmen Maura campe de manière crédible la soeur de Pablo, une transsexuelle qui anticipe l'apparition des lesbotrans. (Elle souffre du départ de sa compagne, un mannequin joué par... une actrice transsexuelle, Bibi Andersen.)
Audacieux, lyrique, ce drame d'amour fou sobre et flamboyant reste inoubliable, à l'instar de la première scène où un jeune homme se masturbe sous les ordres de celui qui le paie, plaçant le film sous les auspices du voyeurisme, mais aussi de l'incommunicabilité du désir, et de sa loi inexorable.