L'érudition de Fausto, le narrateur, en matière de philosophie ne le rend pas philosophe pour autant. Ce serait effectivement sans tenir compte de ses propres affects. Et dans ce roman, le narrateur est bel et bien submergé par ses sentiments. Il voudrait pourtant en être dépourvu selon la méthode cartésienne dont il s'est si bien imprégné dans un but redempteur. Mais son quotidien le ramène à une réalité devenue invivable et le conduit ainsi à remettre littéralement en cause ce cartésianisme avec verve et harangue jubilatoires pour nous, lecteurs.
Dans ses dédales avec sa mère souffrante, dans cette forme d'exaspération où il lui est impossible de se consacrer entièrement à la pensée cartésienne, il va s'en remettre à une méthode tout-à-fait antagoniste, celle de l'excentrique voyante, Madame Mila.
Sur fond de sarcasmes caustiques et décapants qu'il adresse directement à Descartes pour lui signifier les failles de sa méthode, le narrateur retrouve petit à petit, grâce à Mila, la magie du rire, de la vie en société, des petits plaisirs simples et des sentiments.
Autant je me suis régalée avec la première partie ironique, virulente et délirante, autant je me suis plutôt languie dans la seconde qui semblait vainement chercher un souffle. À l'image de la personnalité de Mila, cette dernière partie m'a paru assez embrouillée et je me demande à présent s'il ne s'agit pas de l'effet escompté par l'auteur par opposition nette et volontaire à la méthode cartésienne... Peut-être, mais je n'ai pas été tout à fait convaincue.