Après presque dix ans d’une vie musicale underground et environ sept mois après une « mixtape » (
En Attendant l’Album), Sinik sort son premier album en décembre 2005.
La Main sur le Cœur, double Disque d’or,
retranscrit tout ce que son auteur a dans le cœur et dans le ventre.
Sur des instrus calibrés et avec des paroles virulentes et un
flow percutant, Sinik dévoile son existence difficile : sa jeunesse, les galères, la cité, la prison… Entrée en matière avec
« Une époque formidable » qui retrace son enfance aux Ulis et avec le titre
« 2 victimes, 1 coupable », sorte d’équivalent rap du
« Manhattan-Kaboul » de Renaud et Axelle Red, où il dénonce la politique de George W. Bush en relatant l’histoire de deux individus : un cadre new-yorkais et un enfant afghan.
Le ton monte ensuite sur trois titres dont
« Viens » où il raconte la vie des jeunes de banlieue. Un autre thème est largement présent dans cet album : la prison. Dans
« D.3.3.2 » et dans
« Le même sang » en
featuring avec Diam’s, il évoque la vie derrière les barreaux en prenant soin d’y inclure le regard extérieur de la famille.
Sinik impose son flow original et personnel, sachant l’adapter aux thèmes qu’il aborde. Sur des morceaux comme
« Cœur de pierre » et
« Pardonnez-moi », son ton est plus posé alors que son timbre devient plus crié sur un titre comme
« Sombre ». Les titres du rappeur cynique transpirent la désillusion, le mal-être des banlieusards. Pourtant avec le morceau
« Rêves et cauchemars », le rappeur avoue son envie de s’en sortir, de lutter contre ce fatalisme. Il fait même son autocritique avec
« Pardonnez moi ». Ce cœur de pierre, à la technique bien maîtrisée, navigue de l’illusion à la désillusion, du désespoir à l’espoir. C’est sans fausse pudeur que Sinik livre ses émotions et son ressenti face à la vie.
Anne-Claire Duchossoy - Copyright 2012 Music Story