La Maison du Dr Edwardes (1945) est le 31è film d'Hitchcock, le 8è tourné aux Etats-Unis, entre Lifeboat et les Enchaînés.
Les thèmes principaux de la culpabilité et de la confiance y sont traités de façon convaincante et la psychologie des personnages est à la hauteur (c'est le moins qu'on pouvait demander à un film ayant pour toile de fond la psychologie!).
A la symbolique hitchcockienne récurrente des portes, des escaliers qu'on monte et qu'on descend selon selon état psychologique, des lunettes qu'on tripote sans arrêt (liées aux yeux)s'ajoute celle de la valeur Blanc et de la Rayure. On s'amusera à dénombrer toutes les fois que l'on rencontrera des rayures pour se rendre compte de l'imagination débridée d'Hitchcock : barreaux de chaises, colonnes cannelées, tapisseries des fauteuils et des murs, rainures sur la nappe à l'aide de la fourchette, griffures des ongles sur le dos de la main (les premières dans le film), les ombres portées des stores (qui passent volontiers sur les personnages), les lattes de ces stores (à travers lesquelles on voit pour la première fois et en plongée le "Dr Edwardes"), les plis des rideaux, les balustrades d'escaliers, les motifs de la robe de chambre et de la couverture, les barreaux du guichet de la gare, les rails de train, les traces de luge sur la neige, les grilles aux barreaux pointus... Le film entier est pris dans une géométrie de rayures. Quant au Blanc, c'est bien sûr toutes les taches de la même valeur du film tourné en noir... et blanc, le lait du verre, la salle de bain, la neige, les blouses des chirurgiens...
L'interprétation est exemplaire. Une mention particulière au rôle du vieux professeur étourdi : ses petites phrases ("si la guerre n'existait pas, les vieux l'inventeraient car il n'y a que ça qui les excite!") et son comportement (lorsqu'il se sert une tasse de café en devisant, l'air de rien) amène beaucoup d'humour dans cette histoire sombre. La scène avec l'importun et le détective de l'hôtel est aussi savoureuse.
Ma scène préférée est celle d'un suspens maximum au moment où G. Peck, hagard, sort de la salle de bain son rasoir à la main, passe devant I. Bergman endormie et descend l'escalier (symbolique...) pour arriver devant le professeur ; celui-ci passe devant lui et l'on voit la main énorme de Peck tenant le rasoir à la lame brillante. Après lui avoir offert un verre de lait, G. Peck le boit lentement : à ce moment, la caméra subjective fait que c'est nous qui buvons le lait et qui voyons à travers le verre le professeur : magistral !
Autre scène surprenante : l'énorme main du Directeur tenant le pistolet, toujours en caméra subjective (c'est nous sommes le directeur) et qui pivote lentement jusqu'à ce qu'il se trouve pointé sur nous pour finalement nous tirer dessus ! A ce moment, on voit en moins d'une seconde une couleur rouge subliminale (certainement la plus brève apparition d'une couleur de toute l'histoire du cinéma noir et blanc...)
Hitchcock fait son appartition rituelle à 37'15 : il sort d'un ascenseur, un cigare dans la main gauche et un violon dans la main droite !
Le titre original du film est Spellbound ce qui veut dire : ensorcelé, envoûté.
Deux regrets : que la séance onirique travaillée par Dali ait été tronquée et les explications psychologiques un peu faciles !