Jean-Paul Kauffmann, otage d'intégristes. Trois ans d'enfermement au Liban. Il en revenu démoli, handicapé de ses cinq sens. le besoin nécessaire de retrouver l'usage primaire de ses sensations, le fait quitter son entourage, sa ville. Se reconstruire par ce qui l'a détruit, la thérapie des semblables, l'isolement. "l'isolement n'est pas la solitude".
Dans sa quête, étrangement, "la maison du retour" qu'il va acquérir, "c'est elle qui m'a choisit" a un luxurieux passé, un ancien lupanar pendant l'occupation pour officiers de la Wehrmacht.
Un livre trouvé là "les Géorgiques" de Virgile va servir de fil rouge tout au long du récit. "La nature virgilienne a des liens très profonds de solidarité avec les humains".
Sa convalescence se fera au rythme de la restauration de la maison, lentement, methodiquement, soigneusement.
Son rapport étrange avec cette demeure "ne pas dominer, ne pas se laisser dominer", l'importance fusionnelle avec la région: les Landes, lieu de traverse ( sa douceur est sujette à violence, sa platitude n'est qu'apparente, sa mornité mensonge ) font que par cette imprégnation va s'opérer le réveil des perceptions perdues. L'écriture en devient d'une densité émotionnelle, intense, imagée, poêtique: les senteurs, les bruits, les couleurs, les saveurs.... Immersion totale, voluptueuse, un régal...
Ce qui agace un peu, par contre, c'est son besoin récurrent de références bibliques, mythologiques, litteraires, picturales... La recherche de son Moi sensoriel l'y oblige certainement.
Un livre d'un intérêt certain, bien structuré, agréable à lire, chargé d'émotions (qui nous renvoie parfois à notre intimité).
J.P. Kauffmann qui a perdu "l'ensorcellement de la lecture" prouve encore et confirme ses qualités d'écrivain.
Un bon livre à ne surtout pas manquer.
P.S. Et qui se relira par plaisir pour la qualité de sa plume.