L'ouvrage a des mérites : celui par exemple de rappeler la généalogie des mouvances islamistes à travers les différents siècles de l'histoire musulmane ; celui aussi de démontrer qu'il a toujours existé en terre d'Islam une tradition ouverte, critique, autant dire moderne de la religion.
Mais l'ouvrage commet à mon sens une erreur d'analyse irrémédiable, en étant incapable de reconnaître la cause profonde de la diffusion de l'islamisme, et qui n'est autre, justement, que ce qu'il faut bien appeler la maladie de l'occident, ou pour reprendre les thèmes heideggériens, le déploiement de la domination inconditionnée de la technique.
Conséquence : en refusant de lier essentiellement la maladie de l'Islam à celle de l'Occident (ce qui permettrait une double critique qui seule peut être salutaire), l'auteur s'enferme dans un monologue lénifiant avec la pensée dominante occidentale et se retrouve en dernière instance d'accord avec ses penchants les plus violents, les plus réactionnaires et les plus xénophobes.