1956 : une date marquée d'une pierre noire dans le monde du cinéma. En effet, jusque là, les enfants faisaient soit sourir, soit pleurer (ainsi dans le "Kid", "Qu'elle était verte ma vallée", "Jane Eyre"...). Mais cette année là, arrive Roda (Patty Mc Cormack, excellente) et "Mauvais Graine". Pour la première fois, l'enfant devenait un monstre de froideur à l'absence total de scrupule et de sentiment. Ainsi s'ouvrait pour la première fois la porte à ne pas ouvrir : celle qui cachait les enfants monstres. Et profitèrent par la suite tous les damnés ("le village des damnés, je recommande très chaudement l'original bien sûr), tous les possédés ("Les Innocents",là encore l'original très chaudement recommandé lui aussi, "l'Exorciste"...), pour le plus grand malheur des adultes, voir du genre humain.
"Mauvaise graine" raconte l'histoire de cette gamine à l'apparence plutôt angélique et aux couettes blondes, toujours propre sur elle et fort bien vêtue, qui pour des raisons futiles, élimine son entourage, proche ou non. Une grand-mère qui lui avait promit un objet à sa mort tombe dans les escaliers; un enfant reçoit une récompense qu'elle convoite, elle le noie; un jardinier trop malin devient une torche humaine. Et tout celà entrecoupé de leçons de piano et de jeux de fillette.
Le dialogue dévoile peu à peu son esprit démoniaque, véritable nature de la fillette qui révèle ses actes à sa mère avec un naturel déconcertant (c'est par les dialogues que nous apprenons ce qui est arrivés aux victimes). Pour elle, rien de plus naturel que de tuer pour obtenir. Elle n'est pas folle mais diabolique, ses meurtres étant méticuleusement préparés. Et face à elle, une mère (Nancy Kelly) absolument dépassée et désarmée. Effrayée et horrifiée. La fin du film, hélas, atroce mais ô combien crédible qui voyait la mère tuer sa fille en l'empoisonnant avant de se tuer elle même était une chose impensable sur les écrans. Elle fut, malheureusement modifiée (je ne connais pas la version du dvd, peut-être qu'avec un peu de chance...)
Le film est d'une noirceur profonde, abyssale, jusqu'à la scène finale citée au-dessus. Imaginez la mère qui berce son enfant pour l'aider à s'endormir dans un sommeil sans retour, avant de se donner la mort.
L'aspect extrèmement dramatique du film est souligné par l'air de "Au clair de la Lune" mêlé au thème musical du film.
"Mauvaise Graine" est un film injustement méconnu (on voisine le chef-d'oeuvre)et tout à fait dérangeant.