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« Un homme se penche sur son passé
Le passé ne lui renvoie que les reflets dune mauvaise vie, bien différente de celle quévoque sa notoriété.
Autrefois on aurait dit quil sagissait de la divulgation de sa part dombre ; aujourdhui on parlerait de coming out.
Il ne se reconnaît pas dans ce genre de définitions.
La mauvaise vie dont il évoque le déroulement est la seule quil ait connue. Il la gardée secrète en croyant pouvoir la maîtriser. Il la racontée autrement à travers des histoires ou des films qui masquaient la vérité. Certains ont pu croire quil était content de son existence puisquil parvenait à évoquer la nostalgie du bonheur. Mais les instants de joie, les succès, les rencontres nont été que des tentatives pour conjurer la peine que sa mauvaise vie lui a procurée.
Maintenant cet homme est fatigué et il pense quil ne doit plus se mentir à lui-même pour tenter dobtenir que la vie qui lui reste ne soit pas aussi mauvaise. Mais il ne sait pas ce quil résultera de cet effort. »
Frédéric Mitterrand --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
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A mon sens, ce livre est d'abord un livre sur la séparation.
Séparation des êtres, quand il évoque ses amours de jeunesse impossibles. Cette frustration du désir, douloureuse.
Séparation du monde, quand il se voit contraint à taire, si tôt, ce qu'il est : "le glissement vers la clandestinité, l'état d'alerte permanente, s'amorcent".
La séparation, dès lors, comme un mode de vie quand, pour assouvir ses désirs sans craindre les reproches ou les regrets, il multiplie les amours éphémères et tarifées dans les chambres interlopes de Bangkok ou Djakarta.
Il n'est probablement pas innocent, d'ailleurs, que le livre s'ouvre sur cette adoption de l'enfant marocain. Le voilà, à son tour, l'auteur d'un déracinement. Comme si, même pour construire son propre bonheur, il devait oeuvrer à la séparation d'autres êtres.
Pas innocent, non plus, que le livre se ferme sur les obsèques d'un ancien amant. Il était dit que ce livre serait celui de l'accomplissement impossible.
Mais la déchirure la plus vive, celle qui l'anime et le ronge en permanence, réside finalement en son for intérieur : c'est celle qui sépare ce qu'il est de ce qu'il voudrait être. Le drame de la femme qu'il aime mais qu'il sait ne pas pouvoir honorer. Cette vie qui l'oblige et dont il aimerait tant se détacher. La voilà, "la mauvaise vie".
Et puis, il y a le style. Une capacité à restituer la mélancolie et le regret, à inspecter le tréfonds des âmes avec élégance. Le malheur, aussi, peut se vivre avec grâce et honnêteté.
C'est un livre de confessions qui sort du lot. Pour beaucoup, l'écriture est une thérapie qui soigne le mal-être. Pour Mitterrand, c'est un style qui sublime le malheur.
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