Avec Aristote, la philosophie se fait positive et didactique. Plus rien dans ces cours et ces discours des approches obliques et allusives de Platon. Ici on identifie les problèmes, on en fait brièvement l'historique, on les affronte à nouveau. Ici, on applique l'instrument logique élaboré dans l'"Organon" et déjà éprouvé dans la Physique, à ce qu'il y a de plus général: l'être en acte, l'être en puissance, la substance, l'accident, l'essence, la négation, le premier moteur, Dieu... La démarche d'Aristote, d'une rigueur exemplaire, est d'abord celle d'un homme qui cherche à connaître, à connaître et non à reconnaître ou à valider une quelconque tradition. Quitte à créer une tradition à son tour, mais après tout ce n'était pas son problème. Cette démarche émancipée dans son principe, par-delà toutes les récupérations dont elle a pu faire l'objet au fil du siècles, reste d'une rare grandeur et d'une authentique fécondité.