Indépendamment de toute notion d'appartenance à telle ou telle école romanesque, à son contexte de publication, je vais m'efforcer d'émettre un avis actuel pour le lecteur d'aujourd'hui. C'est un roman lent, peu captivant mais extrêmement bien construit, lent et peu captivant car il est presque une allégorie de la lenteur du temps qui passe et du travail de sape que ce temps peu créer. Un voyage en train, tel qu'on peut se l'imaginer dans l'Europe des années 1950, déroulant sa lenteur et sa pénibilité. Un homme entre deux âges, vous en l'occurrence (c'est la grande trouvaille formelle de Butor qui ne passe pas inaperçue), dans une situation bancale entre une épouse et une maîtresse, entre Paris et Rome, entre la raison grise et le grain de folie coloré, vous en qui va s'opérer une modification au cours de ce long et fastidieux voyage en train (je vous laisse découvrir laquelle). C'est là toute la prouesse de Butor, faire le portrait de l'œuvre du temps, nécessairement lent et par touches. L'action, inexistante puisque vous êtes assis dans un train à compartiment ancienne école, est remplacée avec maestria par un étonnant voyage dans le temps: présent, futur, passé(s). Les amateurs de Vargas Llosa apprécieront l'illustre instigateur du roman à plusieurs temps. En résumé, j'admire donc la technique formelle de ce roman, réglée comme un aiguillage SNCF mais je ne peux toutefois pas dire que j'ai particulièrement palpité en lisant cette modification.