Un Bunuel de 56, couleurs, "film central de la période mexicaine du réalisateur" annonce le verso de pochette, belle distribution. A bizarrement vieilli (ou c'est moi !) : les acteurs font "très artificiel", presque du surjoué (ou quelquefois sous-joué) à l'américaine, bref on n' y croit pas une seconde... Dans des aventures ou plutôt des mésaventures largement dramatiques, les 5 personnages principaux, hyper-typés et à des années-lumière de distance dans leurs caractères respectifs, se trouvent réunis dans une situation qui tourne à la galère et aux fatales confrontations. Bref, du psycho-drame pur et dur dans l'intention, mais il y a un truc qui tourne à vide du début à la fin, une sorte d'insidieux et constant filigrane qui gêne la complète pénétration du spectateur dans l'histoire, un truc qui fait qu' "on n'est pas vraiment dedans". Un film que je connaissais déjà, visionné -il y a fort longtemps- en VHS : je n'ai rien reconnu d'authentique ni quoi que ce soit qui m'avait assez bien accroché à l'époque (les "Bunueliens" inconditionnels vont me fusiller ou me perdre dans la jungle !). Reste Signoret la plus acceptable en dame de moeurs légères; Georges Marchal très caricatural en espèce de Tiger Joe nerveux à la gâchette facile; Vanel sous-employé, un peu plat, nettement en-deçà de ses possibilités; Piccoli en joli jeune-premier-prêtre totalement à la ramasse dans cette histoire, jouant ni vrai ni faux, autant dépassé dans les faits de l'histoire que dans ceux de son rôle; enfin Michèle Girardon (fille sourde et muette de Vanel dans le film) qui tente sans grand succès de faire passer une émotion et deux sentiments en technicolor. Final hâtif et tristounet "à la Lucky Luke". Fin aussi de mon commentaire tristounet.
Bonus : Entretien avec Ch. Tesson sur le film de Bunuel (12') & Entretien et analyses de séquences avec P. Rouyer (22').