"J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, mais je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était "la nièce la muette". La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt."
Voici comment débute le manuscrit que découvre un jour une journaliste française dans sa boîte aux lettres. Le colis contient le manuscrit original en persan et sa traduction. Intriguée par cet envoi, la journaliste se met à lire le récit de cette jeune femme.
En attendant le jour de sa condamnation à mort, Fatemeh choisit d'écrire l'histoire de sa tante sur un petit cahier, faveur du gardien de prison, "pour que quelqu'un se souvienne de la muette et de moi, parce que mourir comme ça, sans rien, m'effrayait. Peut-être qu'un jour quelqu'un lira ce cahier. Peut-être qu'un jour quelqu'un me comprendra. Je ne demande pas à être approuvée, seulement comprise".
Elle explique au lecteur que sa tante n'a pas toujours été muette ; mais que suite à un traumatisme à l'âge de dix ans, elle a choisi de se taire à jamais. La petite fille déjà si déterminée est devenue une femme libre de 29 ans : elle ne porte pas de voile, tire sur sa cigarette comme un acteur américain. Bref, elle ne connaît aucun interdit. Autour d'elle, les femmes commencent à jaser, allant même jusqu'à la traiter de folle. ; car pour ces femmes, seule une folle peut se comporter de cette manière.
Fatemeh ne porte pas ce regard là sur sa tante. Fascinée par sa beauté et sa démesure, elle se sent plus proche d'elle que de sa mère. Aussi c'est tout naturellement qu'elle tentera vainement de cacher à sa mère la relation charnelle entre sa tante et un homme. Cet acte d'amour sera mal très vu dans ce pays où le mollah décide des punitions ...
Le début du roman ressemble beaucoup au livre de Victor Hugo Le Dernier jour d'un condamné. Est-ce une fiction ? Un fait divers ? Peu importe. Aujourd'hui encore, les pendaisons publiques en Iran existent.
A la fois roman, journal intime et pamphlet, ce texte court dénonce la violence physique ou verbale que peuvent subir certaines femmes iraniennes.