uin 2012, les nations Unies plaçaient le Sommet de la Terre de Rio sous le signe de l'économie Verte.
Une équipe de l'association ATTAC a voulu en savoir plus. Qu'est-ce que cette économie verte, nouveau cheval de bataille de la sphère économiste et financière ?
Une question qui revêt d'autant plus d'importance que le concept précédent, le développement durable a été non seulement un échec en ce qu'il n'a pas enrayé la dégradation de l'environnement mondiale mais plus encore que ce dernier s'est empiré. Une question d'importance car l'économie verte est d'ores et déjà en marche.
En bref l'économie verte consiste à donner un prix aux services et fonctions écologiques rendus gratuitement par la nature, à leur appliquer des droits de propriété, permettant à des entreprises ou des états de se les approprier, de les échanger, les acheter et les vendre. Les forêts, l'agriculture, les animaux et tant d'autres seraient réduits à une valeur marchande, au même titre que tout bien matériel et rentraient dans le système économique mondialisé. En deux mots, il s'agit de la marchandisation du vivant et de la nature.
L'économie capitaliste et productiviste a mené le monde au bord du gouffre et a engendré des crises multiples et imbriquées. L'économie verte étant clairement une nouvelle étape de cette mécanique destructrice, les auteurs commencent par nous en résumer l'histoire, depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'au premier Sommet de la Terre à Rio en 1992. Un sommet qui, constatant l'état de la planète aux ressources naturelles pillées et à l'environnement saccagé a été suivi la promotion du développement durable, alibi pour faire perdurer le système en place. La technologie était sensée se révéler capable de résoudre les problèmes écologiques.
Les auteurs montrent l'échec patent de ce modèle, insistant sur la question climatique pour laquelle ils détaillent le principe et le fonctionnement du marché du carbone dans lequel les entreprises reçoivent des droits à polluer, les échangent, les achètent et les vendent. L'économie verte consiste ni plus ni moins qu'à appliquer le même principe aux services rendus par la nature.
Le marché du carbone ayant échoué à traiter la question climatique, pire encore dans certains cas il l'aggravée, on peut logiquement s'attendre à ce que l'économie verte produise le même résultat et ne serve là encore qu'à enrichir certains tout en empirant les crises en cours.
Si la partie historique de 1945 à 1992 est claire, instructive et facile d'accès, je n'en dirais pas tant de l'analyse des mécanismes issus du sommet de Rio. Il n'est pas si facile à des auteurs multiples d'offrir un ouvrage homogène et ce livre n'est pas une réussite de ce point de vue. Certains passages m'ont fait l'effet d'une réflexion trop intellectuelle à mon goût. Un peu décevante aussi, la dernière partie du livre sensée nous proposer quelques axes alternatifs à l'économie verte. Si les idées avancées vont dans le bon sens, elles restent très générales et théoriques.
Les quelques pages de l'annexe apportent le concret espéré et l'on tourne satisfait la dernière page de ce petit livre. L'histoire n'est pourtant pas drôle que celle de ces chauves souris nord américaines qui pourraient s'avérer décimées par un champignon. Certains ont évalué à 22,9 milliards de dollars le coût d'insecticides chimiques que ces petits animaux, de par leur action sur les écosystèmes, permettent d'éviter. La tentation est grande d'estimer la valeur de ces mammifères à 22,9 milliards, mais ce serait faire peu de cas de leur rôle de pollinisateur, de l'impact sur la santé des pesticides qu'il faudrait utiliser en conséquence à leur disparition, mais aussi de la valeur "morale" des animaux et plus généralement de l'écosystème dont ils font partie, et de la nature en général.
La pente vers une marchandisation du vivant est glissante et dangereuse. Le monde y succombera-t-il ? Ce livre peut en tout cas nous apporter des éléments de réflexion et contribuer à la nécessaire prise de conscience de cette inquiétante dérive.