Chercheur à l'IREMAM, représentant de cette gauche universitaire islamophile qui a parfois du mal à distinguer clairement islamisme et islam, l'auteur de La Nouvelle islamophobie expose une thèse aussi erronée qu'insupportable : la France, en raison du traumatisme hérité de son histoire coloniale, n'arriverait pas à appréhender le fait musulman comme un fait religieux national. Le discours islamophobe emprunterait de manière privilégiée au registre républicain ses arguments d'un islam incompatible avec l'universalisme issu des Lumières. Dans le prolongement du racisme néo-colonial, les « républicains » ne seraient toujours pas sortis d'un rapport civilisateur à l'islam et verraient l'identité française comme exclusive de l'identité musulmane ! D'où l'hostilité des républicains au port du voile islamique à l'école ! C.Q.F.D.
Lorsque ces absurdités viennent d'organisations religieuses rétrogrades comme l'UOIF, ou d'associations qui ont fait de l'antiracisme incantatoire leur cheval de bataille comme le MRAP, il n'y a pas de quoi s'alarmer. On commence à être habitué. Mais quand c'est un universitaire attaché au CNRS, repris par le Monde diplomatique et derrière lui toute une frange de la gauche française qui se laissent abuser par les fondamentalistes de tous poils; quand on les entend répandre la thèse d'un camp « national-républicain » forcément islamophobe, d'« intellectuels médiatiques » islamophobes, et même de « musulmans islamophobes » ; quand on les écoute, enfin, nous expliquer que les seuls intégristes sont les laïques et qu'au bout du compte, la laïcité masque un racisme « à la française » qui ne dit pas son nom, on ne peut qu'être indigné. « Les douaniers de la pensée sont de retour » prévenait, il y a deux ans, un Pierre-André Taguieff décidément prémonitoire.